Accueil du site - Recherche - Projets de Recherche - BAR - Bureau d’Appui à la Recherche - Projet de constitution d’un réseau international sur vieillesse et vieillissement dans les pays du Sud

D’ici 2050 la proportion de personnes âgées aura plus que doublé dans la totalité des pays du Sud. Le vieillissement démographique de la population, avancé en Amérique Latine, en Asie du Sud et au Maghreb, aura également débuté en Afrique subsaharienne.

La plupart des pays du Sud vont donc devoir faire face aux problèmes sociaux liés à une croissance rapide du nombre de personnes âgées dans un intervalle de temps relativement court, mettant à l’épreuve la capacité d’adaptation des sociétés concernées. À ce stade précoce de la marche vers le vieillissement, un premier bilan de la situation différenciée des pays du Sud au regard des conditions de vie de leurs hommes et de leurs femmes âgées s’impose.

Dans la plupart des pays, les femmes sont plus nombreuses que les hommes au moment de la vieillesse, et surtout plus isolées, du fait d’un veuvage précoce. Ce sont les femmes qui sont le plus vulnérables dans le processus de vieillissement démographique, en raison de ce déséquilibre social. Souvent plus exclues que les hommes du marché du travail à l’âge adulte, n’ayant pas toujours d’accès direct aux moyens de production dans le monde rural, elles doivent, plus que les hommes, se reposer sur d’autres pour subvenir à leurs besoins dans la vieillesse.

En Afrique subsaharienne par exemple, à l’exception notable de l’Afrique du Sud, la grande majorité des personnes âgées ne bénéficient pas de pension de retraite, et doivent faire appel à leurs proches pour les aider. Les inégalités sociales se construisent tout au long de la vie. À l’âge de la vieillesse, en l’absence de politique publique de soutien aux personnes âgées, les ressources accumulées au fil de la vie permettent de compenser un moment les pertes de revenus entraînées par l’incapacité progressive. Les relations entre générations, incluant l’existence ou l’absence de solidarités privées, évoluent au gré des besoins et des moyens des uns et des autres, ainsi que de leur degré de proximité.

Les personnes âgées ont parfois investi tout au long de leur vie dans la confortation d’un réseau social qui, du fait de chocs exogènes, n’est plus mobilisable au moment de la dépendance. La persistance de l’épidémie de Sida conduit des parents âgés à accompagner des enfants dans la maladie, subvenant à leurs besoins financiers, et à accueillir et élever leurs orphelins. De manière plus commune encore, la difficulté des jeunes générations à s’insérer sur le marché de l’emploi en milieu urbain, ainsi que les conditions de travail et de logement sur place amènent les personnes âgées d’aujourd’hui à faire face aux besoins de leurs enfants et petits-enfants de plus en plus tard dans la vie.

Cette inversion du sens des relations intergénérationnelles entraîne le maintien en activité d’hommes et de femmes de plus en plus âgés. Le vieillissement démographique amorcé dans certaines régions, prévu pour bientôt dans d’autres, va très probablement accentuer les changements en cours et renforcer les différences entre hommes et femmes aux âges les plus avancés. Hommes et femmes vont devoir faire face, à l’échelle des individus et des familles, aux changements économiques, sociaux et sanitaires qu’ajoute ce défi démographique.

Ainsi les différences de conditions de vie des personnes âgées, dans les contextes régionaux extrêmement variés représentés dans les pays du Sud, emprunts de forts clivages entre milieux rural et urbain, sont vouées à être confortées de manière plus radicale encore en l’absence de toute intervention étatique.

Dans ce contexte, la vieillesse elle-même est en mutation, et les représentations de la vieillesse méritent d’être réinterrogées en amont d’une étude portant sur cet âge de la vie. Lorsqu’elles existent, les politiques publiques ciblées sur les personnes âgées doivent évoluer et s’adapter à ces changements démographiques et sociaux. Mais, dans certains pays, elles sont encore embryonnaires, et leur mise en place nécessite une connaissance optimale des besoins et de leurs tendances.

Nous nous proposons d’aborder la vieillesse et les conditions de vie des personnes âgées, dans le cadre des prémisses du vieillissement démographique dans les pays du Sud, de l’Amérique Latine à l’Asie, en passant par l’Afrique subsaharienne et le Maghreb, en croisant différents regards disciplinaires, à partir des sources existantes, dans un programme de travail échelonné sur deux années, 2009 et 2010. Trois échelles de travail seront développées, du local à l’international en passant par des comparaisons nationales structurées fondées sur l’analyse secondaire des données existantes (recensements, grandes enquêtes).

Le projet articule trois volets : un travail de fond, régulier, sur les sources existantes, des réunions de travail internationales en réseau élargi aux partenaires des pays du Sud et, enfin, la collecte de données qualitatives pour compléter les données nationales analysées et préparer de nouvelles collectes sociodémographiques sur la vieillesse.

Ces deux années de travail doivent aboutir à la production d’un ouvrage collectif, d’un CD-Rom bibliographique et d’un projet de recherche construit autour de la collecte de nouvelles données utilisables à des fins de comparaisons internationales et venant pallier les lacunes laissées par les données actuelles.

CHERCHEURS ET INSTITUTIONS INTÉRESSÉS

Alfred Agwanda (Université de Nairobi, Kenya), Philippe Antoine (IRD-CEPED, France), Laure Bayala (INSD, Burkina Faso), Eric Bologo (ISSP, Burkina Faso), Ibtihel Bouchoucha (INED, France), Géraldine Duthé (INED, France), Joelle Gaymu (INED,France), Valérie Golaz (INED-CEPED, France), K.S. James (ISEC, Inde), Sika Lazarre (ENSEA, Côte d’Ivoire), Béatrice Lecestre-Rollier (Université Paris Descartes-CEPED, France), Mumpasi Lututala (Université Kinshasa, RDC), Cheikh Mbacke (Sénégal), Soufianou Moussa (Université Paris Descartes-CEPED, France), Laurent Nowik (Université de Tours, France), Zahia Ouadah-Bedidi (Université Paris Diderot - URMIS, France), Enrique Peláez (Université de Córdoba, Argentine), François-René Picon (Université Paris Descartes-CEPED), Ando Rakotonarivo (Université Catholique de Madagascar, Madagascar), Nicolas Razafindratsima (INED, France), Irudaya Rajan (CDS, Inde), Estela Rivero-Fuentes (Colegio de Mexico, Mexique), Gideon Rutaremwa (Université de Makerere, Ouganda), Claire Scodellaro (France), Jacques Véron (INED, France), Géraldine Vivier (INED, France), Brenda Yépez (Université de Barcelone, Espagne/Universidad Central de Venezuela, Venezuela).

Équipe Famille et Solidarités

Philippe ANTOINE et Valérie GOLAZ

Bureau d’appui à la recherche William MOLMY

221 Boulevard Davout - 75020 Paris - FRANCE

Tél. : +33 (0)1 78 94 98 70 – Fax : +33 (0)1 78 94 98 79