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La
diversité des méthodes davortement
Depuis des tous les temps, les femmes ont eu recours à lavortement pour réguler leur fécondité en utilisant toute une gamme de méthodes abortives dont le savoir se transmet dune génération à lautre (McLaren A., 1990). Les méthodes davortement disponibles dépendent largement du statut légal de cet acte. Mais même dans un contexte dillégalité partielle ou totale, il existe toujours une offre basée soit sur des pratiques médicalisées, soit sur des méthodes locales. Les risques associés à ces avortements, leurs coûts et conséquences sont liés à la méthode choisie. Ce choix dépend de la technologie disponible dans le pays et de la durée de la grossesse. Il pourra être guidé par un praticien du secteur formel ou informel, par les amis, ou lentourage. Une gamme variée de méthodesToute une gamme de procédés abortifs, ou prétendus comme tels, est connue par les femmes, même si leur efficacité ne repose sur aucune base scientifique ou nest pas prouvée. Pour interrompre une grossesse, les femmes recourent aux services de tradipraticiens, de personnels de santé, ou de personnes non qualifiées ou encore tentent une action par elles mêmes. Dans létude faite par The Alan Guttmacher Institute (1999), les méthodes traditionnelles davortement sont classées en 6 groupes : les méthodes naturelles ou à bases de plantes, les méthodes manufacturées, les méthodes " physiques ", les traumatismes volontaires les produits pharmaceutiques et les prières et gris-gris (voir tableau). Dans la pharmacopée traditionnelle, des plantes sont réputées pour leurs propriétés contraceptives et abortives. Ces méthodes sont parfois décrites dans la littérature comme des méthodes pour " faire venir les règles " et non pour avorter. Elles sont achetées sur les marchés ou prescrites par des tradipraticiens. Elles sutilisent sous forme de breuvages, de lavements ou dovules végétaux. Elles peuvent provoquer des infections, des hémorragies, des comas, des fièvres, et même le décès de la femme. Dans le Nord du Burkina, les femmes boivent une solution à base de plantes qui a pour effet de provoquer des contractions de lutérus et lavortement, mais leurs effets secondaires sont importants, notamment des hémorragies sévères (Dehne K.L, 1999). A ces méthodes sajoutent toutes sortes de produits qui, sils ne sont pas réellement abortifs, laissent des séquelles importantes : des produits chimiques, manufacturés tels les détergents, le bleu à linge, leau de Javel , des produits acides ou alcoolisés comme le vin, le vinaigre, lalcool blanc, le citron...), mais aussi des produits sucrés, le coca-cola... Certains produits pharmaceutiques sont aussi réputés pour leurs propriétés abortives. Il sagit essentiellement de médicaments déconseillés en cas de grossesses et utilisés en surdosage : les antipaludéens (la nivaquine, la quinine), des hormones (comme le crinex, le synergon), laspirine ou le paracétamol, les antibiotiques Plusieurs de ces produits sont parfois combinés pour une plus grande " efficacité ". Le Cytotec, fréquemment utilisé comme produit abortif en Amérique Latine et dans la Caraïbe lest peu en Afrique. Quant à la quinine par exemple, son utilisation à très forte dose, même si elle ne provoque pas toujours lavortement escompté est lourde de conséquences sur la santé des femmes (Smit J. A. et McFadyen, M. L., 1998). En Éthiopie, Getahun H. et Berhane Y. (2000) ont constaté que les anti-paludéens étaient avec lintroduction dobjets dans le vagin les deux principales méthodes davortement. Les méthodes physiques consistent essentiellement en linsertion dobjets dans le vagin : des tiges ou des racines de plantes, des objets contondants, du verre pilé, des objets métalliques ou en plastique (rayons de vélo, cathéters ) Ces techniques provoquent couramment des perforations de lutérus et des hémorragies, et même le décès de la femme. À cela sajoutent des massages ou manipulations de lutérus, des efforts physiques violents, des coups, des chutes et enfin dans un autre registre, des prières, gris-gris et amulettes certainement moins dangereux pour la santé. Les avortements sont pratiqués également par des méthodes médicalisées dont le type varie selon la durée de grossesse. En Afrique, on utilise essentiellement une méthode chirurgicale, le curetage, le plus souvent sous anesthésie générale. Elle peut provoquer des infections, des hémorragies, des séquelles gynécologiques susceptibles de compromettre les grossesses ultérieures. La méthode par aspiration est très fréquemment utilisée quand lavortement est autorisé. Cest une méthode moins traumatisante que le curetage ; elle est pratiquée sous anesthésie locale ou parfois générale, jusquà 12 semaines de grossesse. Les complications de cette méthode sont rares. Elle est de plus en plus utilisée pour les traitements des complications post-abortum, des programmes de santé lont introduite dans de nombreux hôpitaux africains (voir infra). Ces méthodes médicalisées nécessitent lintervention de personnels de santé et offrent normalement des garanties aux femmes. Mais dans les pays où lavortement est pratiqué clandestinement par du personnel non qualifié, ou insuffisamment qualifié, et dans un environnement sanitaire impropre, les risquent sont nombreux. Le port dune blouse blanche peut suffire à donner à une personne non qualifiée une apparente compétence pour réaliser une intervention de ce type. Certains avortements sont faits dans des hôpitaux ou cliniques privées mais dautres dans des " infirmeries de quartier " ou simplement à domicile sans aucune garantie ni hygiène. Une offre médicalisée dans un contexte dillégalitéLanalyse des pratiques de lavortement dans les différents pays révèle une diversité de parcours et de méthodes. Ainsi, au Cameroun pour Calves A.E. (2002) bien que la plupart des avortements clandestins soient faits par des médecins ou infirmiers, une part non négligeable est réalisée par du personnel non médical avec des méthodes à risques. Dans une étude menée en Tanzanie auprès de femmes admises dans des centres de santé pour des complications davortement, Mpangile S et al., (1993) décrivent le profil de 384 personnes qui ont pratiqué ces avortements : 22% sont des médecins, ou identifiés comme tels, 65% des autres personnels de santé et 13% des tradipraticiens. Si 56% des avortements sont faits dans un environnement médicalisé, 42% lont été dans une simple chambre. Au Nigeria, les adolescentes recourent le plus souvent au service dune sage-femme, dun pharmacien ou dun ami pour avorter afin de minimiser les coûts (Ejiro Emuveyan E., 1994). En Égypte, Lane et al. (1998) signalent toute une gamme de méthodes pour avorter qui se différencient par leur sécurité et leur coût, les deux étant étroitement liés. Les femmes peuvent recourir aussi bien à des méthodes traditionnelles, quà des avortements médicalisés faits dans des cliniques clandestines ou pratiqués par des gynécologues. Au Gabon, les femmes recourent surtout aux méthodes médicalisées : la dilatation et le curetage (40%), laspiration (2%) ; 6% ont utilisé une sonde et 12% des injections. Ces méthodes considérées comme modernes peuvent englober des procédures archaïques (aiguille à tricoter, tige de manioc ). 16% des femmes déclarent avoir utilisé aussi bien des produits pharmaceutiques que des plantes (16%). Les adolescentes, en revanche, ont moins recours aux méthodes médicalisées (curetage et aspiration) que les femmes plus âgées (Barrère M, 2001). Si 35 % de ces procédures sont pratiquées par des médecins et 7 % par dautres personnels de santé, 27 % le sont par des personnes hors du champ médical et dans près dun tiers des cas la femme y a procédé seule. Dans près de la moitié des cas, ces avortements ont eu lieu dans des établissements de santé publics ou privés, 48% ont été faits au domicile de la femme et 2 % chez la personne qui a pratiqué ces avortements. A Bamako (Konate M.K. et al., 1996), les avortements, toutes méthodes confondues, sont faits dans plus de deux tiers des cas au centre hospitalier et dans 27 % des cas à domicile. Ils sont réalisés dans 88 % des cas par du personnel médical, 8 % par des guérisseurs et dans 2 % des cas par la femme elle-même. Plus de deux tiers de ces avortements sont faits par des méthodes médicalisées, essentiellement le curetage, 13 % par introduction dobjet, 10 % avec des produits pharmaceutiques et 9 % avec des plantes. À Abidjan, 62 % des femmes voulant interrompre leur grossesse ont eu recours à une méthode médicalisée, 10 % ont utilisé des " médicaments ", 18 % des lavements et 9 % des sondes végétales (Guillaume A. et Desgrées du Loû A., 2002). Au Togo, en milieu urbain, 71 % des femmes ont eu recours à une méthode médicalisée. La prise orale de médicament et les méthodes traditionnelles sont utilisées chacune par 13 % des femmes et 9 % recourent à linjection (Unité de Recherche Démographique et al.,2001). Dans ces pays, le recours aux méthodes médicalisées est plus fréquent en zone urbaine quen rurale, où loffre " de service " est plus abondante. Les
avortements par curetage interviennent parfois à la suite déchec
des tentatives davortement par dautres méthodes.
En effet, les méthodes traditionnelles ou locales ne sont pas
toujours efficaces et certaines provoquent simplement un début
davortement dont les suites doivent être traitées
dans des structures médicales. Au Togo, 13 % des femmes
ont tenté davorter avec dautres méthodes avant
den venir à lintervention médicale. Bon nombre
dentre elles se rendent à lhôpital pour traiter
les complications dues à ces tentatives davortement (Unité
de Recherche Démographique et al., 2001). Les risques associés à lavortement varient selon le type de méthode utilisée. De fait, les méthodes citées par les femmes ayant subit des complications post abortum se distinguent nettement de celles citées par les femmes nayant pas eu de complications. Si lavortement médicalisé nexclue pas totalement les risques de complications, celles-ci sont le plus souvent moins graves et les hospitalisations généralement moins fréquentes. Ainsi, Likwa R.N. (1993) à partir dune étude réalisée dans quatre pays dAfrique de lEst montre que la plupart des femmes qui sont décédées des suites de complications davortement avaient fait elles-mêmes ces avortements avec des produits traditionnels. En Éthiopie, dans 5 services de gynécologie et obstétrique de la ville dAddis Ababa, une étude sur ces complications montre que ces avortements avaient été provoqués dans un tiers des cas par des antibiotiques (lampicilline) en surdosage, par linsertion de tubes ou cathéters en plastique (46 %) ou de tiges métalliques (22 % des cas). Ils ont été soit auto-pratiqués par la femme (28 %) soit faits par un assistant de santé (35 %) et dans près dun quart des cas par du personnel non médical (Tadesse E. et al., 2001 ; Kebede, S. et al., 2000). Plusieurs études sur les complications davortements au Nigeria montrent quils ont été pratiqués surtout par des personnels non médicaux ou des personnels médicaux non qualifiés pour ce type dintervention (infirmiers, pharmaciens, médecins généraliste), souvent en milieu non médicalisé et dans de mauvaises conditions dhygiène (Adewole I.F., 1992 ; Henshaw S. et al.,1998 ; Anate M. et al., 1995). Dans trois hôpitaux ouest africains (Bénin, Sénégal, Cameroun), une étude indique que les complications davortements provoqués sont dues à des avortements auto-pratiqués (40 % des cas), pour 51 % faits avec lassistance de personnels de santé et pour les autres de celle de tradipraticiens (Goyaux N. et al., 2001). À Abidjan, Goyaux N. et al., (1999) ont constaté que les femmes admises pour des complications à lhôpital avaient tenté davorter par lintroduction de tiges de plantes dans le vagin (31%), en utilisant des ovules végétaux (23%) ou des infusions de plantes (20%). Au Bénin, Alihonou E., et al. (1996) indiquent que plus de la moitié des femmes ont eu des complications suite à des avortements auto-pratiqués au moyen de produits pharmaceutiques en surdosage. A lÎle Maurice, la majorité des femmes hospitalisées pour des complications davortement avaient fait elles-mêmes cet avortement à laide de plantes, dinsertion dobjet dans le vagin ou avaient pris du misoprostol (Anonymous, 1993). Deux
études menées en Zambie soulignent les risques auxquels
les femmes sexposent avec les méthodes davortement :
Likwa RN, (1994) décrit
comment dans 1/3 des cas les femmes utilisent des méthodes intra-utérines
(insertion de racines de manioc) ; Castle
MA (1990) montre que les très jeunes femmes recourent parfois
à des boissons à base dessence ou de détergents,
ou quelles prennent des médicaments en surdosage (chloroquine,
aspirine) ou encore dautres substances toxiques. Une nouvelle méthode médicaliséeDes programmes de santé se mettent en place dans différents pays en développement pour introduire lavortement médicamenteux mais rares sont les pays africains concernés. Les produits utilisés, le misoprostol ou mifepristone permettent des avortements précoces. Ils ont peu deffets secondaires et un taux de réussite élevé. En Tunisie, une tentative dintroduction du mifepristone a été faite : le taux de réussite de cette méthode a été de 91% (Elul B. et al., 2001). Cette méthode est encore très insuffisamment diffusée, elle pourrait pourtant permettre de limiter les risques associés aux avortements. La contraception durgence devrait également limiter le recours aux avortements provoqués. Sa mise sur le marché est effective ou en cours dans de nombreux pays africains. Elle offrira une opportunité certaine aux femmes pour gérer à posteriori les risques de grossesses ; sa vente libre en facilitera laccès. Cette revue des méthodes offertes aux femmes
pour avorter présente une apparente diversité. Bien quillégal
dans la majorité de ces pays, lavortement réalisé
au moyen de méthodes médicalisées avec laide
de personnels de santé savère relativement fréquent.
Ces avortements présentent certes moins de risques mais nen
sont pas totalement exempts car les personnels nont pas toujours
les compétences nécessaires pour le faire, ni lenvironnement
médical adéquat. Lintroduction des méthodes
par aspiration manuelle, dune technologie simple, ne pourra quaméliorer
cette situation. Il importe donc de sensibiliser les femmes aux dangers de ces méthodes abortives et de leur faciliter laccès à des programmes en santé de la reproduction pour une meilleure prise en charge.
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