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Les
conséquences sanitaires et sociales
de lavortement Lors de la conférence qui sest tenue
à lÎle Maurice en 1994 sur " Les avortements
à risque et la planification familiale post-abortum en Afrique ",
le constat a été fait que chaque année 10000 femmes
en Afrique ont un avortement à risque et chaque jour de nombreuses
femmes en meurent ou souffrent de douleurs chroniques, de maladies et
de stérilité (IPPF,
1994). LOrganisation Mondiale de la Santé estime quen
Afrique, 99% des avortements pratiqués sont illégaux et
donc à risque (World Health
Organisation, 1998). Généralement, légalité
et sécurité sont liées et les niveaux de morbidité
et mortalité maternelles dues à lavortement diminuent
de façon drastique dans les pays qui ont libéralisé
lavortement (The Alan Guttmacher
Institute, 1999). Anderson B.A.
et al. (1994) considèrent que le déterminant le plus
important de limpact de lavortement sur la santé des
femmes est son statut légal. La morbidité et mortalité maternelles due aux avortementsLa plupart des données sur les complications davortement proviennent détudes en milieu hospitalier, souvent des hôpitaux des grandes villes. Outre les informations sur les caractéristiques des femmes et les méthodes utilisées (comme nous lavons déjà vu), elles contiennent des renseignements sur le type de complications et les éventuels décès imputables à ces avortements. Des complications liées aux méthodes utiliséesLes complications davortement et leur gravité sont étroitement liées au type de méthodes abortives utilisées. Les méthodes les plus " à risque " sont surtout celles basées sur la pharmacopée traditionnelle, linsertion dobjets dans lutérus, lutilisation de médicaments en surdosage, les produits chimiques. Mais les méthodes chirurgicales ne sont pas non plus dénuées de risque surtout lorsquelles sont pratiquées par des personnels de santé non qualifiés ou dans un environnement sanitaire inadéquat. Lutilisation de certaines méthodes ne produit pas toujours leffet escompté. Elle se solde parfois par un échec de cet avortement, des séquelles pour lenfant à naître (malformation, mortinatalité) ou des problèmes de santé pour la femme. Les complications les plus fréquentes sont des lésions des organes génitaux, des douleurs pelviennes chroniques, des infections, des hémorragies, des hystérectomies, des problèmes de stérilité et dincontinence, et même le décès de la femme (Anderson B.A. et al., 1994). À ces problèmes de santé sajoutent toutes les conséquences psychologiques et sociales pour les femmes, conséquences peu abordées dans ces études. Lors de lEnquête Démographique et de Santé au Gabon, 27 % des femmes déclarent avoir eu des complications après leur avortement (Barrère M, 2001). Ces complications sont plus fréquentes chez les femmes âgées de 20-24 ans, résidentes en milieu rural et peu instruites et qui ont utilisé des méthodes traditionnelles (plantes ou autres) et des produits pharmaceutiques en surdosage. En milieu rural, les femmes avortent surtout avec des méthodes traditionnelles. Il en va de même pour les femmes peu instruites: seulement 29 % dentre elles ont pratiqué un curetage ou une aspiration, alors quelles sont 46 % chez les femmes scolarisées dans le secondaire. A Bamako, dans lenquête menée auprès de femmes en consultation dans des centres de santé, 59 % déclarent des complications après leur avortement, surtout des hémorragies (Konate M.K. et al., 1996). Dans une enquête à lhôpital de cette ville, Diallo Diabate et al. (2000) ont identifié comme principales complications post-abortum les hémorragies (47%), les complications infectieuses (33%) et les intoxications médicamenteuses (4%). À Abidjan, les femmes admises au Centre Hospitalier Universitaire présentaient des complications graves davortement : des signes de péritonites dus à lutilisation dune méthode intra-utérine, et des troubles neurologiques liés à lingestion dinfusion à base de plantes (Goyaux N.,et al., 1999). Au Nigeria, Ikpeze O.C. (2000) rapporte comme complications davortements des lésions génitales, des abcès et péritonites, des ruptures utérines. Un constat identique est fait par Bazira E.R. (1992), qui a montré quen Ouganda les femmes qui restent au moins deux jours pour des complications davortement avaient des hémorragies, des infections et des lésions génitales. Konje, J. C. et Obisesan, K. A (1991) au Nigeria mentionnent également la péritonite comme principale complication des avortements illégaux. Ces études hospitalières
ne présentent généralement que les conséquences
immédiates de ces avortements, qui conduisent les femmes à
lhôpital, mais elles ne sont pas toutes apparentes immédiatement.
Pour Mpangile et al. (1999),
les complications de lavortement se mesurent sur le long terme et
peuvent se traduire par des troubles gynécologiques, des fausses
couches ou des naissances prématurées, ou encore une stérilité.
En Éthiopie, les complications liées aux avortements provoqués
(essentiellement par une méthode intra-utérine) sont des
septicémies, des hémorragies, des infections et des lésions
génitales. Mais, à plus long terme, ces avortements illégaux
provoquent des inflammations pelviennes chroniques et la stérilité
(Madebo T et Tsadic GT,
1993). Certains de ces avortements se soldent aussi parfois par
le décès de la femme. La mortalité liée aux avortementsLa mortalité maternelle est difficile à mesurer, et ses niveaux reposent souvent sur des estimations ; la mortalité liée aux avortements est encore plus complexe à évaluer. Des techniques destimations ont été mises au point à partir des données issues des complications davortements (Singh S. et Deirdre W., 1991 ; Singh S. et al., 1997). En Afrique, lestimation des niveaux de mortalité maternelle est souvent faite lors des Enquêtes Démographiques à partir dune technique indirecte, mais elle ne donne aucune information sur les causes de mortalité. Quelques enquêtes spécifiques sur la mortalité maternelle ou les complications des avortements permettent de préciser le poids de ces avortements dans cette mortalité comparativement aux autres causes. LOMS estime que 20 millions davortements à risque se produisent chaque année (soit un avortement pour 10 grossesses), dont 95 % dans les pays en développement et environ 80 000 femmes décèdent chaque année de leurs complications (World Health Organisation, 1998). En Afrique, on estime à 5 millions le nombre davortements à risque avec une mortalité due à ces avortements variant de 24 pour 100 000 naissances vivantes en Afrique du Nord à 121 pour lAfrique de lOuest et 153 pour lAfrique de lEst. Lavortement cause une part importante de ces décès maternels (7 à 19%) et ce poids est sous-estimé car cet acte est illégal, et certains décès peuvent être classés sous dautres rubriques (hémorragies, infections ).(tableau 1) Les risques associés aux avortements sont différents selon les régions et le caractère, légal ou non de cet acte : ainsi lorsque lon analyse les risques de mortalité associés à la grossesse, il apparaît que dans les pays en développement ce risque est de 4 à 6 décès pour 100 000 cas davortements légaux, et de 100 à 1000 pour 100 000 cas davortement illégaux (il est de 1 et 50 pour ces deux types davortements aux USA), et il nest que de 160 à 220 pour une césarienne dans des pays en développement (World Health Organisation, 1998). La liaison entre la légalisation de lavortement et la mortalité maternelle est évidente. Le cas de la Roumanie en est une bonne illustration. Cest un pays où la législation de lavortement a alterné constamment entre libéralisation et restriction et où la mortalité maternelle et la part des décès imputables à lavortement dans cette mortalité ont fluctué en fonction de ces évolutions. En Afrique du Sud, Vandecruys H. I. et al. (2002) signalent, dans les 4 dernières années, une diminution des taux de mortalité maternelle qui sont passés de 268 à 94 pour 100 000 naissances vivantes, diminution qui serait imputable à une réduction des complications davortement. Avant 1997, date à laquelle lavortement a été légalisé, 200 000 avortements illégaux se produisaient chaque année, provoquant, 45 000 hospitalisations et au moins 400 décès annuels (Bennett T., 1999). Une étude multicentrique menée dans 56 hôpitaux publics de 9 provinces, a montré une forte incidence de la morbidité et de la mortalité associées aux avortements incomplets (Rees, H. et al., 1997) Il est difficile destimer les évolutions dans le temps de cette mortalité et particulièrement de celle imputable aux avortements, mais différentes études hospitalières en montrent le poids. Rogo K.O. en 1993 écrit que les études hospitalières confirment que les avortements à risque et leurs complications ont provoqué jusquà 50% des décès maternels en Afrique Sub-saharienne, et il signale dans ces pays une faible prévalence contraceptive et de nombreuses grossesses non désirées. À partir détudes épidémiologiques réalisées dans 41 pays africains Benson, J., et Johnson BR. (1994) montrent que la mortalité maternelle varie de 200 à 600 pour 100 000 naissances vivantes et que 18 à 35 % de cette mortalité est imputable à des avortements. En Ouganda, au début des années 1990, Kampikaho A. et Irwig L.M (1991) estimaient que dans des lhôpitaux de Kamapala, le taux de mortalité maternelle dû aux avortements était de 3,58 pour 1000 avortements et celui dû aux autres causes sélevait à 2,0 pour 1000 accouchements. Mirembe F.M. (1994) souligne que lavortement illégal explique un tiers des décès maternels, le taux de mortalité maternelle étant dans ce pays de 550 pour 100 000 naissances et en 2000, Kasolo J. précise que lavortement illégal provoque toujours 20% des décès maternels. En Ouganda, toujours à lhôpital de Mulago, 35 % des décès maternels sont dus à lavortement (Mbonye A., 2000). Au Zimbabwe, dans les années 1990, lavortement expliquait 12% des décès maternels (Mahomed K.et al., 1994). Au Lesotho, le taux de mortalité maternelle est estimé à 220 pour 100 000 naissances et lavortement explique 25 à 33% des décès maternels (Mosaase, 1994). Songane F.F. et Bergstrom S. (2002) au Mozambique, montrent que lavortement est la troisième cause de mortalité maternelle (18% des décès) après les hémorragies (30%) et les infections puerpérales (23%). Au Bostwana, lavortement expliquerait selon Ramalefo C. et Modisaotsile I. M. (1994) au moins 14% de la mortalité maternelle hospitalière, et en Tanzanie 10 à 12% de ces décès (Temba P. et Nkya A., 1994). Au Malawi, Chiphangwi J.D. et al., (1992) constatent que lavortement est la troisième cause de mortalité maternelle (18%) parmi les hémorragies (25%) et les complications pendant le travail (20%). A Nairobi, au Kenya, 35% des décès liés à la grossesse sont dus à des avortements à risque (Anonymous, 1998). En Zambie, Koster-Oyekan W. (1998) souligne limportance des avortements dans les décès maternels, (120 pour 100 000 naissances) et plus de la moitié surviennent chez des jeunes femmes encore élèves ou étudiantes. En Éthiopie, plusieurs études montrent que 25 à 35% des décès maternels sont dus à des avortements (Gebreselassie H. et Fetters T., 2002). En 1994, Ali démontrait dans une étude que lavortement avait contribué à 41% des décès maternels (Ali, Y., 1994). À Brazzaville, au Congo, où la mortalité maternelle est estimée à 408 décès pour 100 000 naissantes vivantes, Iloki L. H. et al. (1997) citent comme principales des causes directes de décès obstétricaux les hémorragies (40.5%), les septicémies du postpartum (12.7%), les septicémies postabortum (18.9%), et léclampsie (11.2%). En Égypte, la mortalité maternelle attribuée aux avortements est assez élevée : entre 2.1 et 9.8 % de tous les décès maternels (Lane Jok et al., 1998). En Afrique de lOuest, lavortement est un problème de santé publique aussi important. Au Bénin à la fin des années 1980, Unuigbe J. A. et al., (1990) soulignent une forte mortalité maternelle chez les adolescentes, principalement due aux avortement provoqués : 72% de ces décès seraient attribuables à des avortements clandestins. En Guinée, Toure B. et al. (1992) classent lavortement dans les principales causes de mortalité maternelle avec les complications dues à lhypertension et les hémorragies du postpartum. Au Ghana, lavortement serait responsable de 22% des décès maternels (Billings, 1997). A Ouagadougou, une étude auprès dadolescentes de 13-19 ans hospitalisées montre que 30% des décès maternels ont pour cause des avortements illégaux et 30% une anémie chronique (Lankoande, 1999). Au Nigeria, Oye-Adeniran B. A. et al. (2002) indiquent que 30 à 40% des décès maternels sont imputables à des avortements et à Illorin 90,3 décès se sont produits pour 1000 avortements alors que dans les pays en développement on estime cette proportion à un décès pour 1000 à 2000 avortements (Anate M. et al., 1995). A Abidjan, 3,6 % des femmes sont décédées des suites des complications davortement. La majorité de ces décès sont consécutifs à lingestion dinfusions à base de plantes à des fins abortives (Goyaux N.,et al., 1999). Au Bénin, Sénégal, et Cameroun, le taux de létalité des avortements provoqués est de 2,3 % et varie entre 1,8 % au Bénin, 2,8 % au Sénégal et 4,1 % au Cameroun (Goyaux N. et al., 2001). Ces quelques données sont
disparates et ne reflètent pas totalement la question de lavortement
en Afrique. Elles montrent cependant ses conséquences sur la santé
et la vie des femmes. Nous allons maintenant considérer les conséquences
économiques et sociales. Le coût de lavortementLavortement à un coût
social et économique pour les femmes et pour la société
(Gebreselassie H. et Fetters
T., 2002). Les motifs de recours à lavortement illustrent
de façon significative les risques auxquels les femmes pensent
sexposer en poursuivant une grossesse non admise par la famille
et la société. Les avortements provoqués engendrent
également des coûts importants pour les systèmes de
santé grevant ainsi leurs ressources financières et humaines
déjà insuffisantes. Le coût de prise de charge par le système
de soin
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