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Axe 1 - Santé, vulnérabilités et relations de Genre au Sud

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L’équipe SageSud est une ERL Inserm (équipe de recherche labellisée U1244).

Coordinatrice

DESGRÉES du LOÛ Annabel

Problématique de l’équipe

L’équipe mène des travaux sur les enjeux sociaux (et en particulier les rapports sociaux entre les sexes) dans le domaine de la santé sexuelle et reproductive, essentiellement dans les pays du Sud mais aussi chez les migrants originaires de ces pays et vivant en France. Elle interroge les questions de santé et développement au prisme des sciences sociales, reconnaissant que la seule approche épidémiologique ou médicale de ces questions manque à saisir les ressorts sociaux des comportements de santé.

Dans les pays en développement, et en particulier en Afrique, la lutte contre le VIH est un enjeu majeur en termes de santé sexuelle. Alors que les objectifs politiques et programmatiques sont à l’universalisation du dépistage et du traitement antirétroviral, il est essentiel de comprendre les contextes politiques, sociaux et familiaux qui conditionnent les comportements d’accès au dépistage et aux soins et le maintien dans le traitement. Or, partout dans le monde, les inégalités sociales, et en particulier les inégalités de genre, se creusent et retentissent sur les différentes étapes de la prévention et du soin, tant en population générale qu’au sein de populations vulnérables : homosexuels, migrants, personnes en situation de handicap…

Parallèlement, les questions relatives à la fécondité et à la reproduction se trouvent à présent confrontées à l’émergence (ou à la réémergence) de nouvelles pathologies et au développement des technologies modernes de la reproduction (échographies, diagnostic anténatal, insémination artificielle, fécondations in vitro, etc.), à leur diversification et dissémination rapide, ainsi qu’à la mobilité des populations qui veulent y avoir recours. Ce changement bouscule l’ordre traditionnel de la reproduction et de la parenté, mettant au jour de nouvelles stratégies familiales et induisant des effets sociodémographiques, notamment des avortements sexo-sélectifs et un déséquilibre entre les sexes dans certaines régions du monde (Asie, Europe orientale).

L’équipe inscrit ses travaux sur ces différentes thématiques (VIH, vulnérabilité et handicap, santé reproductive et nouvelles technologies) dans une perspective interdisciplinaire. Nos recherches s’appuient sur des travaux de terrain en Afrique (Afrique de l’Ouest, Afrique du Sud, Madagascar), en Asie (Asie du Sud et du Sud-Est) mais aussi en Europe et en particulier en France auprès des migrants, traduisant la volonté de construire des programmes de recherches autour de thématiques qui, de par la migration ou la mondialisation technologique, peuvent difficilement être circonscrites au monde en développement.

VIH, vulnérabilité et handicap

Une première thématique porte sur les dimensions sociodémographiques de l’épidémie de VIH. Elles sont abordées à travers différents programmes de recherche conduits tant en Afrique, en Asie qu’en France. Ces travaux étudient l’épidémiologie sociale de la maladie, encore mal connue dans certaines populations, en particulier les plus vulnérables, mais aussi les conséquences populationnelles des traitements antirétroviraux (ARV).

Une partie des programmes développés dans l’équipe sur cette thématique du VIH/sida vise à mieux comprendre les facteurs et les conséquences et de l’épidémie dans des groupes de population vulnérables : ont ainsi été explorés depuis 2010 la prévention du VIH chez les hommes ayant des rapports sexuels avec d’autres hommes au Sénégal, les conditions de vie des personnes vivant avec le VIH en Thaïlande et au Viet Nam (avec un focus auprès des adolescents), les trajectoires reproductives de femmes vivant avec le VIH aux Antilles et en Guyane, les liens entre VIH et handicap, ainsi que l’impact du VIH et de l’hépatite B chez les migrants subsahariens vivant en France.

Plusieurs recherches accompagnent aussi le nouveau paradigme de la prévention du VIH/sida par les antirétroviraux (« treatment as prevention » et prophylaxie pré-exposition). L’équipe est en particulier étroitement associée à l’essai ANRS TasP (treatment as prevention), un essai populationnel mené actuellement en Afrique du Sud. Elle mène également une étude sur les conséquences sociodémographiques d’une mise sous traitement précoce en lien avec l’essai clinique TEMPRANO en Côte d’Ivoire.

Une première expérience dans le champ de la recherche interventionnelle a été menée, avec la participation au projet PRENAHTEST (coordonné par l’ISPED), visant à développer et évaluer un dépistage prénatal orienté vers le couple et pas seulement vers la femme enceinte, et conduit en quatre pays différents (Géorgie, République dominicaine, Inde et Cameroun).

A partir de cet exemple de la lutte contre le sida, l’équipe conduit enfin des recherches sur la gouvernance des politiques de santé en Afrique. Ses travaux décrivent et analysent les jeux d’acteurs (internationaux, nationaux, publics, associatifs, privés, etc.) d’une gouvernance globalisée à travers laquelle se construisent les innovations thérapeutiques et les réponses institutionnelles dans le champ de la santé en Afrique.

Santé reproductive et nouvelles technologies

Une deuxième thématique porte sur les nouvelles questions de santé reproductive et intègre très directement les thématiques de genre. Ce questionnement est nourri par le développement rapide dans le monde en développement des nouvelles technologies reproductives, de la contraception à l’assistance médicale à la procréation. Ces transformations sont à mettre en perspective avec les relations de genre préexistantes qui privaient les femmes d’une large part de leur autonomie dans les choix de reproduction, mais que les nouvelles technologies peuvent aujourd’hui mettre en péril en déplaçant les stratégies et décisions reproductives des lignages vers les couples et les individus. Les recherches de l’équipe s’attachent à documenter de larges pans des comportements reproductifs qui échappent à l’appareillage démographique traditionnel et à les analyser dans un cadre sociologique, en les abordant aussi bien à travers des estimations indirectes que par des analyses documentaires et des travaux de terrain dans les populations et les institutions concernées.

Une thématique majeure de l’équipe, leader dans ce domaine, porte sur la masculinisation des naissances consécutive à la diffusion de la pratique des avortements sexo-sélectifs en Asie. Les nouvelles technologies rencontrent ici les formes ancestrales de préférence pour les garçons dans les systèmes patrilinéaires. Ces recherches concernent notamment l’Inde et la Chine, qui contribuent à la grande majorité d’au minimum 100 millions de « femmes manquantes » estimées en 2010. Avec l’appui du FNUAP, elles se sont également élargies à d’autres régions, démontrant au passage la surmasculinité anormale des naissances existant dans les Balkans occidentaux et au Viêt-Nam en raison une fois encore de la sélection prénatale. Le projet concerne à la fois les estimations démographiques des déséquilibres actuels et leur compréhension théorique, mais également leurs effets futurs parmi les adultes (le « marriage squeeze ») et les implications politiques pour les gouvernements.

Les pratiques de prévention des naissances ont fait l’objet de travaux, notamment autour de l’avortement en Afrique et plus récemment en Amérique latine, pour lesquels le CEPED a mis en place une base documentaire unique accessible par Internet. De manière géographiquement plus circonscrite, ce travail se prolonge par une étude de la ville de Mexico où la législation sur l’avortement s’est libéralisée depuis quelques années et une étude en cours sur l’avortement médicamenteux à travers l’usage du Misoprostol au Bénin et au Burkina Faso. L’équipe a également participé à l’enquête internationale ECAF, consacrée à la contraception d’urgence (« pilule du lendemain ») dans quatre pays d’Afrique du Nord et de l’Ouest, qui a mis en évidence des situations très diversifiées dans ces pays en termes d’accessibilité à ces nouvelles technologies contraceptives.

Enfin les recherches de l’équipe s’attachent à mettre en lien biologie et stratégies reproductives avec l’univers de la parenté. Un premier exemple est pris avec la drépanocytose, maladie héréditaire entourée par un dense secret familial, qui conduit notamment à une stigmatisation des femmes dans la gestion de l’hérédité. La recherche anthropologique met ici à jour ce qu’il convient d’appeler une racialisation de la pathologie, en montrant comment cette maladie rare devient l’enjeu de débats sociaux ou politiques. Cette approche a été poursuivie dans le cadre d’une recherche sur le recours à la procréation assistée face à l’infertilité. Dans une démarche comparatiste, autour de terrains conduits à Paris, Pretoria et Douala, intégrant à la fois clients, praticiens, et réseaux internet, cette recherche s’est attachée à comprendre les effets de la mondialisation de l’offre des technologies reproductives sur le continent africain. Des travaux anthropologiques conduits à Madagascar analysent aussi les modalités de recours aux soins préventifs et curatifs autour de la grossesse et de la naissance, et l’articulation entre médecine traditionnelle et soins biomédicaux.

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