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Le projet scientifique du Ceped

« Populations et développement » : Les orientations problématiques de l’UMR

Les rapports entre populations et développement — 1) des populations au développement, 2) des processus de développement sur la composition, les pratiques et organisations des populations, 3) des impacts des structures et dynamiques démographiques sur le développement — constituent la matrice des recherches de l’UMR Ceped dans le cadre des évolutions sociales, économiques et politiques, liées aux processus de « mondialisation » et caractéristiques des pays dits « du Sud » ou « en développement » et de leurs rapports, entre eux et avec le Nord ;

Trois processus enclenchés par la « mondialisation » retiennent en particulier l’attention : celui d’une nouvelle division des espaces, des systèmes et des marchés ; celui d’une croissance souvent forte des inégalités entre pays du Sud et au sein de chacun d’eux ; enfin celui de transformations qui affectent les systèmes sociaux. Ces trois grands processus fondent trois lignes transversales de recherche aux différents axes de l’UMR.

La transformation des systèmes d’échanges entre Etats-Nations, au sein de chacun d’eux et au niveau plus large de « l’économie monde », ou encore la désarticulation de certains d’entre eux donnent lieu à une transformation et à un décloisonnement de certains espaces sociaux (en éducation, en santé, mais aussi des espaces de peuplement). Les nouvelles modalités de circulation des personnes correspondent à une diversification des itinéraires, à une multifonctionnalité des lieux (certains pôles pouvant être d’émigration, d’immigration et de transit), mais aussi à un “floutage” progressif des frontières entre pays du Sud et du Nord au prisme des échanges sociaux et économiques. Ainsi, la mise en place ou la consolidation des réseaux transnationaux qui traversent aussi bien les frontières nationales que les frontières symboliques, culturelles et linguistiques conduisent à interroger les usages sociaux des différents biens et ressources en circulation et, dans la perspective des dynamiques de développement, la transformation des espaces et des frontières entre Nord et Sud, comme entre pays du Sud et, plus généralement, les rapports entre Sud et Nord et les rapports Sud/Sud. Cette dimension constitue une perspective de recherche commune aux quatre axes du projet de l’UMR.

Traditionnellement, le développement est identifié aux pays dits du Sud, et réciproquement. Or, nombre de pays n’appartenant pas à cette dernière catégorie méritent d’être inclus dans notre champ d’analyse du développement, comme par exemple les pays de l’ancien bloc soviétique. Parallèlement, nombre de pays inclus au “Sud” ont des modèles et niveaux de développement qui permettent de les ranger au titre de pays “émergents” (pays d’Amérique latine ou d’Asie par exemple). Les rapports entre pays dits “en développement” et pays dits “du Sud” méritent ainsi d’être interrogés et, plus avant, les périmètres des espaces “en développement”. Les recherches comparatives autorisées par la composition des 3 axes de recherche et par les projets transversaux, sont mobilisés en ce sens.

Par ailleurs, les nouvelles divisions internationales et modes de circulations qui découlent des processus de mondialisation sont souvent marquées par un processus de fragmentation de groupes sociaux, ou l’émergence de nouvelles catégories, notamment d’élites, à la faveur d’une inégale distribution des capitaux nécessaires au contrôle de ces savoirs et ressources dans leurs productions et circulations. Dans quelle mesure ces processus de division des espaces et de circulation affectent-ils les capacités d’adaptation des populations, leurs réponses aux transformations sociales, économiques et culturelles, ou encore leurs stratégies face aux processus d’inégalitarisation des conditions d’accès aux différentes ressources ? Dans quelle mesure ces processus accusent-ils la vulnérabilité de populations et, au-delà, remettent-ils en cause la cohésion sociale et les conditions de développement ? Cette seconde série de questions constitue un deuxième angle d’approche de ce projet quinquennal.

Enfin, les différentes dynamiques à l’œuvre à l’aune des circulations des individus, des normes, comme des biens et des capitaux et de la division des différents espaces et champs offrent des opportunités d’étude privilégiées pour observer la plasticité des systèmes sociaux, leur capacité variable d’adaptation aux changements de toutes sortes (notamment éducatifs, sanitaires, migratoires, etc.), de même que les situations de ruptures et de transformations des rapports entre populations, entre Etats-Nations et acteurs en prise avec la mondialisation comme les organismes internationaux. Les politiques locales, nationales et internationales constituent un prisme d’étude de ces dynamiques et transformations, tout autant que des logiques croisées caractéristiques de la mondialisation, avec les mécanismes de globalisation et, conjointement, de fragmentation. Cette dimension constitue la troisième perspective de recherche commune aux différents axes.

Sont ainsi envisagés des liens systémiques avec le développement, tant du côté des populations que des institutions et des systèmes d’éducation, de santé, de contrôle juridique et politique, ou de « solidarité » (etc.). Cela à travers deux grandes interrogations génériques : dans quelle mesure les processus liés à la mondialisation affectent-ils les populations dans leurs compositions, organisations et pratiques ? Parallèlement, dans quelle mesure ces processus peuvent-ils être compris comme le produit de ces compositions, organisations et pratiques des populations dans leur rapports à des « objets » du développement comme le sont l’éducation, la santé, les différentes ressources, ou encore les normes qui régissent le développement ?
Ces deux perspectives sont déclinées dans les 4 axes de recherche déclinés précisément ci-après.

Les recherches envisagées dans le cadre de ce projet puisent ainsi des concepts et des données dans le corpus théorique de la démographie, mais mobilisent aussi des ressources théoriques de la sociologie, de l’anthropologie, de l’économie, ou encore de la géographie et des sciences politiques pour réinterroger les questions de population et, au-delà, les phénomènes et processus caractéristiques du (ou des) développement(s). Deux niveaux complémentaires constituent par conséquent le cadre analytique des recherches : le niveau micro permettant de comprendre les phénomènes démographiques, sociaux, du point de vue des groupes ou des individus (leurs ressources, leurs trajectoires, leurs rapports aux savoirs, à l’éducation, à l’Etat, aux systèmes de soin, etc.) et le niveau macro, par la prise en compte des contextes socio-politiques et des jeux de pouvoir dans lesquels sont pris les individus, les groupes et les populations et qui conditionnent en grande partie leurs pratiques. La contextualisation des problématiques, qu’il s’agisse de la migration, de la santé ou de l’éducation, est indispensable à l’appréhension des pays dits “en développement”.

Ces interactions entre les différents niveaux d’analyse des pratiques sont consubstantielles des recherches articulées dans ce projet dans le dessein de proposer une compréhension plus globale des phénomènes sociaux et des populations. Les enseignements de l’approche quantitative et de l’approche qualitative sont combinés. Du point de vue des méthodes d’enquête comme d’analyse, les populations étudiées dans des espaces très divers sont ainsi appréhendées comme une composante socio-démographique, anthropologique, linguistique ou sociologique, tout autant que démographique. Cette pluridisciplinarité, qui constitue un fil directeur au sein de chacun des quatre axes de recherche et entre eux, entend ouvrir la voie à des analyses croisées de bases de données et de corpus. Elle constitue aussi le socle du comparatisme, clé essentielle de l’étude des faits sociaux.

Si une des spécificités du Ceped est de privilégier une approche du point de vue ou en vue des populations, la multiplication des perspectives et approches scientifiques conduit ainsi à une réflexion nouvelle sur la question et la notion même de “développement” à travers la prise en compte de l’enchâssement des facteurs démographiques, sociaux, économiques, politiques ou anthropologiques.