Accueil > Formation > Doctorant au Ceped > Thèses en cours > De la science à la diplomatie : le partenariat en matière de coopération (...)

De la science à la diplomatie : le partenariat en matière de coopération internationale scientifique au sud de la Méditerranée

Thèse de sociologie préparée par Marine SABOUNJI sous la direction de Rigas ARVANITIS à l’université Paris-Descartes

Résumé du projet de thèse

De l’après-guerre à aujourd’hui, les Etats ont fait un investissement en matière de recherche et d’enseignement supérieur tendant ainsi vers une « économie mondiale de la connaissance ». Dans les pays du sud de la Méditerranée, les systèmes de recherche se sont transformés et globalisés. Cette évolution s’est matérialisée par la mise en place de structures dédiées et par le renforcement des universités, lieu principal de la recherche scientifique, l’enseignement et de la formation dans ces pays. Le renforcement de la recherche qui s’opère de manière assez spectaculaire depuis le début des années 2000 pour les pays les plus précoces (Afrique du Sud, Tunisie, Maroc,…) ou après 2005 (Egypte, Sénégal, Cameroun,…) confirme une trajectoire de consolidation de la recherche dans les pays non-hégémoniques.

Ceci s’est également traduit par une priorisation en matière de politique publique, des investissements financiers accrus pour la recherche et les collaborations internationales, de nouvelles orientations de programmes, un accroissement de la mobilité internationale des chercheurs, une mobilisation scientifique pour la recherche au service du développement et une promotion de la « société de la connaissance ». Si le concept est à interroger, notamment depuis sa promotion par l’UNESCO (2005) et en parallèle avec la stratégie de promotion de l’économie de la connaissance par la Banque Mondiale (depuis 1999), il n’en reste pas moins que dans le domaine de la recherche, nous assistons à l’uniformisation de l’espace des politiques publiques par des standards internationaux d’évaluation de la recherche (publication, dispositif international, financement extérieur etc.) qui se sont largement répandus mais aussi, par l’accès aux dispositifs scientifiques internationaux et des stratégies volontaristes de coopération internationales qui passent par la co-construction des programmes de recherche. Ainsi, aux nouvelles formes d’organisation internationale de la recherche correspondent de nouveaux partenariats à l’échelle nationale, régionale et internationale qui se sont dessinés, en remodelant le système de la recherche internationale. Ces partenariats sont souvent le fruit de l’histoire, de la proximité géographique, mais relèvent aussi de trajectoires et de stratégies scientifiques. Enfin, force est de constater que les rapports entre « donataires » et pays récepteurs que décrivait J. Gaillard en 1999, se sont radicalement modifiés avec l’apparition de fonds nationaux de la recherche et la multiplication des acteurs dans le financement de la recherche.
Aujourd’hui, les enjeux globaux définis dans le cadre des objectifs mondiaux du développement et ceux du développement durable ont repositionné la science au cœur des négociations internationales. Que cela soit la sécurité alimentaire, la raréfaction des ressources en eau, la conservation de la biodiversité, les maladies émergentes ou encore l’accroissement des risques naturels, les défis globaux impactent tous les pays et appellent à l’expertise scientifique pour le confirmer. Le changement climatique dont les conséquences sont exposées sur la scène des négociations internationales a également replacé au cœur de la scène internationale la science. De fait, la science devient une composante essentielle de la politique étrangère des Etats.
La composante scientifique dans la politique étrangère des Etats n’est pas nouvelle. Toutefois, son utilisation en tant que vecteur de la politique d’influence des Etats n’a eu de cesse de s’accroître tout au long du XXe et XXIe siècles. Ce que l’on peut appeler de « diplomatie scientifique, qui peut se définir comme « l’utilisation et l’application de la coopération scientifique pour aider à établir des liens et renforcer les relations entre les sociétés » , s’est vue s’ériger au même titre que la diplomatie culturelle ou économique sur la scène internationale.
Une proposition de recherche
La modification profonde du paradigme qu’a connu la « recherche pour le développement » sera donc au centre de notre questionnement. Il s’agit de comprendre cette nouvelle géographie de la globalisation de la recherche. En poursuivant la recherche plus précisément sur les paradigmes de la coopération scientifique, on cherchera à s’appuyer sur les travaux des sociologues et historiens des sciences (Pestre, Dayan, Boudia, M. Quet, F. Thomas travaux de l’IFRIS et de l’IRD sur les communautés scientifiques au Sud – cf. Bibliographie sélective, notamment §2 et §3) pour examiner plus spécifiquement la fabrication des politiques internationales de coopération scientifique.
Qui décide des paradigmes en matière de coopération scientifique internationale ? Est-ce la diplomatie qui influence les politiques et trajectoires scientifiques ? Est-ce la recherche qui est toujours en amont des choix ? Les trajectoires individuelles ? Existe t-il aujourd’hui des lieux où ces stratégies scientifiques et ces différenciations se retrouvent ? Existe t-il des choix et stratégies scientifiques en amont de la collaboration scientifique internationale ? Quelle influence les choix et stratégies scientifiques des pays ont–ils sur la scène des négociations internationales ? Qui décide des thématiques traitées ? Quelle plus-value ces choix apportent-ils ? Entre l’après-guerre et aujourd’hui, est-on passé d’un système donateur-récipiendaire (centre-périphérie, plus communément appelé Nord-Sud) à un système multipolaire ? Quelles conséquences les révolutions arabes auront-elles sur ce paradigme ?

Il sera question d’étudier dans ce projet de recherche des lieux à la fois géographiquement situé mais aussi des lieux où se prennent des décisions à caractères scientifiques et politiques. C’est la raison pour laquelle, la zone méditerranéenne a été choisie. Lieu géographique, lieu de toutes les rhétoriques politiques, espace scientifique, elle est aujourd’hui saturée en matière de coopération scientifique internationale que cela soit dans le cadre de partenariats multilatéraux, régionaux ou bilatéraux.
La coopération scientifique française, européenne et internationale à destination des pays du Sud de la Méditerranée, qui relevait surtout d’une obligation de solidarité, d’aide au développement et de transfert scientifique et technologique, est-elle devenue un modèle obsolète ? Face au foisonnement de financements, les dispositifs de partenariat international vivent-ils actuellement un nouveau paradigme en Méditerranée ? Quel impact politique entrainent-ils et quelles adaptations, voire même géographiques imposent-ils ?

Enfin, l’examen des politiques mises en place au niveau international dans une zone spécifique permettra d’examiner l’hypothèse plus générale de la mise en correspondance entre l’institutionnalisation de la recherche et les propositions de la coopération internationale.

Méthodologie :
Au delà de l’habituelle formulation et d’approfondissement de la problématique, le travail consistera à documenter les politiques de coopérations scientifiques génériques (accords de coopérations intergouvernementaux, conférences ministérielles internationales mais aussi spécifiques (climat, biodiversité, santé et médicament,…) qui fixent les cadres de la recherche au niveau international. La multiplicité des acteurs supposera de concentrer le travail sur quelques exemples : le Maroc, la mise en place de PRIMA, le rôle du CAMES…
Au delà d’un travail de documentation (documents de politique, statistiques, rapports), l’essentiel de l’analyse sera effectuée par des interviews et des enquêtes de terrain qui seront à définir ultérieurement.

Mots-Clés

Environnement, climat, santé, recherche, agenda scientifique, diplomatie scientifique, Méditerranée, dispositif de partenariat international, aide publique pour le développement, agence de financement, banque de développement, Union européenne.

Zone géographique
Méditerranée, Maroc, Sahel

Calendrier

  • Novembre 2015-Novembre 2018.