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Diasporas et Identifications collectives - Le cas des immigrants Proche-orientaux et de leurs descendants en Amérique Latine

Responsable scientifique

Résumé

L’anthropologie américaniste, jusqu’à ces dernières années, s’est consacrée presque exclusivement à l’étude des sociétés indigènes et afro-américaines. La sociologie, elle-même, ne s’est encore que peu intéressée aux populations issues de l’immigration étrangère du XIXe et XXe siècles, qui jouent pourtant un rôle non négligeable dans les sociétés latino-américaines actuelles. Une recherche durable et approfondie sur les Arabes proche-orientaux d’Amérique latine permettrait de combler une partie de cette lacune. Dans la deuxième moitié du XIXe siècle, les jeunes nations d’Amérique latine deviennent des pays d’immigration au sens moderne du mot. Vers la fin du XIXe siècle, un nouveau groupe d’immigrants arrive en Amérique latine : ce sont des migrants arabophones, originaires du Proche-Orient (Palestine et Liban, principalement). Leur identité collective propre est méconnue : pour les Latino-Américains, ce sont des turcos, car ils sont détenteurs de papiers d’identité de l’administration ottomane.

Pour mener à bien ce projet, seront retenus prioritairement les thèmes de recherche suivants :

1. Histoire des turcos en Amérique latine
L’anthropologie des groupes proche-orientaux d’Amérique latine ne peut se concevoir que dans une perspective dynamique, tant ces groupes ont connu de transformations internes et externes depuis les premières années de leur installation dans ces pays. Il faudra donc reconstituer l’ensemble de leur trajectoire migratoire.

2. Réseaux migratoires et structures familiales
Il paraît important de retracer ces trajectoires familiales en partant des structures de parenté originelles. Mais dans les pays d’installation, l’organisation familiale traditionnelle des Proche-Orientaux va connaître de profondes transformations. La structure clanique n’est plus opérante au bout de deux ou trois générations. Il faudra donc étudier les nouvelles structures de parenté.

3. Ethnicité et modes d’identification
S’il semble bien que, dans les premiers temps de l’immigration en Amérique latine, la solidarité entre Proche-Orientaux était surtout d’ordre clanique et villageois, aujourd’hui une certaine conscience ethnique est au fondement du lien qui unit les Palestiniens, les Libanais et leurs descendants. Il est nécessaire d’explorer plus profondément cette ethnicité qui s’affirme à travers de nouvelles catégories d’identification. On peut formuler l’hypothèse que les nouvelles formes d’identification ne dépendent pas uniquement de l’évolution du cadre des relations interethniques propre au pays d’accueil. Elles sont sans doute déterminées aussi par le contexte international, notamment au Proche-Orient, et sont certainement fonction des liens transnationaux qui s’établissent entre les différentes collectivités de migrants proche-orientaux en diaspora.

4. Mémoire collective et transmission de la mémoire
Les descendants des turcos ne paraissent pas cultiver une mémoire d’immigrants. Que ce soit en public ou en privé, ils évoquent très peu leur histoire, qu’ils connaissent d’ailleurs très mal. Il y a là un phénomène qui mérite examen : à quels facteurs attribuer ce « silence de la mémoire » ? On ne peut pourtant pas interpréter ce silence comme une volonté d’oubli et de rupture avec la communauté et le pays d’origine. Trop d’indices prouvent le contraire. Il faudra donc explorer d’autres pistes pour comprendre cet état de fait.

5. Assimilation ou « diasporisation » ?
Aujourd’hui, le devenir des collectivités arabes d’Amérique latine n’apparaît pas tout tracé. Il est nécessaire d’étudier cette double dynamique, apparemment mais peut-être pas vraiment contradictoire, en relation avec l’évolution de la situation nationale et internationale. Il est probable que les deux dynamiques évoquées continuent durablement à coexister, car elles ne concernent pas forcément les mêmes individus. Il sera intéressant de comprendre, à partir d’une analyse de leurs trajectoires migratoires, pourquoi certains individus ou certains groupes d’individus, se retrouvent engagés dans une dynamique d’assimilation, alors que d’autres le sont dans une dynamique opposée.

6. De la réussite économique à la réussite politique
L’histoire des immigrants arabes proche-orientaux d’Amérique latine est celle d’une réussite économique dans la plupart des cas. Mais le phénomène le plus récent, auquel il sera important de s’intéresser tout particulièrement, c’est l’engagement politique de plus en plus actif d’un nombre croissant de Latino-Américains d’origine arabe. Faut-il voir en cela la phase ultime de l’intégration de ces collectivités dans les sociétés d’Amérique latine ? Ou plutôt l’expression de l’affirmation politique d’une minorité ethnique cherchant à défendre des intérêts spécifiques dans des sociétés où les luttes de classement socio-ethniques peuvent prendre une forme politique ?

Mots-Clés

Migrations, diaspora, ethnicité, identification, Amérique latine, Palestiniens, Libanais.

Zone géographique

Amérique latine (principalement Pérou et Chili).

Calendrier

2008 – 2013

Contact

denys.cuche chez parisdescartes.fr

Résultats et valorisation

Publications

  • « Les palestinos en el Perú, un siglo de presencia discreta y exitosa », in Leyla Bartet y Farid Kahhat, La huella árabe en el Perú, Lima, Fondo Editorial del Congreso del Perú, 2010, pp. 51-92.
  • « Los libaneses y sus descendientes en la sociedad peruana », in Leyla Bartet y Farid Kahhat, La huella árabe en el Perú, Lima, Fondo Editorial del Congreso del Perú, 2010, pp. 93-126.