> Projets achevés

ECOS - Mobilités et Réseaux scientifiques France-Mexique

Responsables scientifiques

Partenariats

  • DIE/CINVESTAV (México),
  • UAM-A (México),
  • Univ. Paris Descartes (Paris 5),
  • Univ. de la Sorbonne (Paris 1)

Membres du CEPED participant au projet

Membres extérieurs au CEPED participant au projet

  • Catherine Agulhon, MCF, HDR, Université Paris Descartes
  • Anne-Catherine Wagner, Professeur, Université Paris 1 – HESS, CESSP
  • Léo Dazon, doctorant, IHEAL, Paris 3
  • Jaime Aragon, doctorant, IHEAL, Paris 3
  • Sylvie Didou-Aupetit, DIE CINVESTAV
  • Rocio Grediaga Kuri, UAM Azcapotzalco
  • Miguel Edgar Gongora Jaramillo (DIE-CINVESTAV)
  • Jessica Badillo Guzman (DIE-CINVESTAV)
  • Estela Maldonado Maldonado (UAM Iztapalapa)
  • Araceli Montiel Oviedo, DIE-CINVESTAV

Financement

  • ANUIES (Mexique)
  • MAE (France)

Résumé

La mobilité étudiante mexicaine à l’étranger est un phénomène historiquement et aujourd’hui encore très important ; des générations se sont formées et continuent à acquérir leurs diplômes les plus élevés au Etats-Unis, en Angleterre, en France ou en Espagne. Par hypothèse, la mobilité étudiante à l’étranger est ainsi un facteur fondamental de structuration et de développement de la recherche au Mexique. Grâce à ces formations à l’étranger, certains secteurs scientifiques ont désormais acquis un haut degré d’autonomie (la biotechnologie par exemple) et forment, au Mexique, les générations des futurs chercheurs. Pourtant, de nombreux étudiants mexicains continuent à se former à l’étranger, sous l’effet conjugué de l’internationalisation de l’enseignement supérieur, d’une “mondialisation” de certains savoirs, enfin de l’existence, historiquement construite, de “chaînes de savoirs” entre les institutions mexicaines de recherche et leurs homologues étrangères. Tel est le cas, en particulier, des relations scientifiques entre le Mexique et la France, en ingénierie, en sciences humaines et sociales, ou encore en commerce international. Des chercheurs impliqués dans ce projet ont récemment réalisé plusieurs travaux sur les dimensions quantitatives de la mobilité étudiante et le champ de la recherche mexicaine. Des questions essentielles méritent cependant des développements approfondis : les facteurs de la mobilité étudiante et, en aval, ses répercussions sur la structuration du champ de la recherche, les cadres institutionnels de la coopération scientifique, enfin le rôle des réseaux scientifiques France/Mexique dans le développement de la recherche mexicaine. Ce projet de sociologie envisage des recherches sur ces trois questions. Il associe des chercheurs mexicains et français aux collaborations scientifiques affirmées et choisit d’impliquer des doctorants mexicains et français au développement de cette thématique centrale du rôle de la mobilité étudiante et des réseaux scientifiques dans la structuration du champ scientifique mexicain et dans l’émergence de nouveaux objets scientifiques.

Les objectifs de la recherche se déclinent donc de la manière suivante :

  • 1) Evaluer le poids de la mobilité étudiante mexicaine en France et des coopérations scientifiques franco-mexicaines sur la formation et le fonctionnement des réseaux scientifiques mexicains ;
  • 2) Donc, dresser une “carte” des réseaux constitués sur la base de cette mobilité pour les spécialistes de différentes disciplines (en particulier sociologie, ingénierie — nanotechnologies entre autres —, droit et commerce international) ;
  • 3) identifier les modalités de constitution des réseaux (intérêts particuliers, poids des “chaînes de savoirs”, rôle des bailleurs de fonds…) ; cerner le rôle de ces réseaux dans la définition d’alliances scientifiques (et de rivalités) et, plus largement, en termes de pratiques et de production scientifique au Mexique ;
  • 4) en définitive, on cherchera à déterminer dans quelle mesure la mobilité étudiante mexicaine en France, la coopération scientifique et ces réseaux mexicains et franco-mexicains structurent la recherche mexicaine ; on étudiera leur rôle dans la formation des élites académiques et scientifiques d’une part, dans l’émergence de nouveaux objets scientifiques d’autre part.

MÉTHODOLOGIE
Les axes de recherche sont donc les suivants :

  • le rôle d’institutions d’enseignement supérieur et de formation dans la mobilité étudiante et la constitution de réseaux scientifiques ;
  • les logiques de constitution et d’appartenance à des réseaux scientifiques en France et leurs prolongements au Mexique (réseaux mixtes) ;
  • les facteurs de transformation des réseaux scientifiques (facteurs institutionnels, poids des alliances et rivalités, rôle des organismes internationaux dans la promotion de réseaux et de produits scientifiques…)
  • le poids des réseaux dans la structuration de la recherche au Mexique, en termes d’orientation de la recherche, d’intégration/promotion des chercheurs et de production de nouveaux objets scientifiques.

Ces axes se déclinent à travers les opérations de recherche et la méthodologie suivantes :Des enquêtes seront conduites sur les cadres de la coopération scientifique France/Mexique en matière d’enseignement supérieur et de recherche :

  • Par analyse de sources documentaires et par entretiens auprès d’un échantillon d’institutions françaises d’enseignement supérieur dans lesquelles se forment des étudiants mexicains, en sciences humaines, sciences politiques, commerce international et ingénierie (l’EHESS et l’université Paris 8 pour les SHS, en particulier la sociologie ; l’Institut d’Etudes Politiques de Paris pour le droit ; l’INSEC Buisnes School pour le commerce international ; l’Ecole des ingénieurs de Sceaux — voire l’Institut National des Sciences Appliquées de Lyon, qui a une antenne à Mexico, pour les ingénieurs) ;
  • des enquêtes similaires seront réalisées au Mexique auprès d’un échantillon d’institutions qui coopèrent avec les institutions françaises (Colegio de Mexico, CINVESTAV, Université National Autonome de Mexici- UNAM, UAM) ; Ces institutions sont retenues en raison de leur importance dans la formation des étudiants mexicains et/ou de leur importance dans les disciplines retenues. A ce titre, certaines institutions sont retenues même si elles ne forment qu’une petite partie des étudiants mexicains en France (en particulier celles de SHS comme l’EHESS).
  • Un travail d’analyse des politiques françaises d’accueil et de coopération scientifique avec le Mexique, et des politiques d’internationalisation de l’enseignement supérieur d’institutions mexicaines, en particulier dans les disciplines retenues.

Les réseaux seront étudiés :

  • par enquêtes, au Mexique, à partir d’un corpus de chercheurs, distingués par les disciplines retenues pour l’étude de la mobilité, et par institutions d’enseignement supérieur et de recherche (désignées ci-dessus) ; ces enquêtes seront qualitatives et porteront sur les critères de constitution des réseaux, d’appartenance aux réseaux, de modalités de fonctionnement des réseaux ; parmi les critères d’appartenance aux réseaux on recherchera en particulier le rôle des trajectoires de formation, en l’occurrence en France ;
  • par enquêtes qualitatives (entretiens), en France, auprès de deux populations distinctes : o celle des étudiants choisis dans le cadre de l’étude de la mobilité (étudiants de grandes écoles et d’universités, au niveau Master et doctorat) ; l’étude portera sur leurs trajectoires de formation et le rapport entre ces trajectoires et les réseaux auxquels ils appartiennent ; une distinction forte sera faite entre les initiateurs de réseaux et les simples membres ; o d’autre part celle de chercheurs mexicains qui, après leurs études en France, ont choisi de séjourner durablement dans ce pays et de ne pas rentrer au Mexique. On étudiera les facteurs de leur non-retour et, au-delà, les réseaux auxquels ils appartiennent (français et mexicains), le rôle de cette appartenance dans la participation de ces chercheurs à l’essor de la recherche mexicaine.

Ces différentes enquêtes qualitatives permettront d’établir des “cartes” de réseaux dans les disciplines retenues, d’identifier leur composition (par trajectoires de formation des membres, selon la longévité des réseaux, leurs ancrages institutionnels, etc.), les modalités de leurs constitution et fonctionnement, leur rôle dans la production scientifique mexicaine, en particulier en sociologie, ingénierie, droit et commerce international.

Mots-Clés

Mobilité académique, réseaux scientifiques, politiques de coopération Mexique/France.

Zone géographique

Mexique (pays, ville, région), France

Calendrier

Projet ECOS-Nord - 2011-2014

Contact

etienne.gerard chez ird.fr

Rapport final

Mobilités et Réseaux scientifiques France-Mexique

À la croisée des logiques scientifiques et, politiques, de coopération : des réseaux académiques et scientifiques de plus en plus “institutionnalisés”

Au terme de ce projet Ecos sur les « mobilités et réseaux scientifiques France- Mexique », nous présentons ci-après un rapport final structuré en trois parties principales1. Après avoir rappelé les objectifs initiaux du projet, nous aborderons succinctement les opérations réalisées et méthodologies utilisées ; suivra enfin la présentation de quelques résultats résumés, dont l’essentiel figure dans les textes de communication et copies d’articles joints aux dossiers. Les impacts du projet en matière de formation sont exposés dans le corps du formulaire de rapport lui-même.

1 - Objectifs initiaux du projet

La mobilité étudiante mexicaine à l’étranger est un phénomène historiquement et aujourd’hui encore très important ; des générations se sont formées et continuent à acquérir leurs diplômes les plus élevés au Etats-Unis, en Angleterre, en France ou, plus récemment, en Espagne. Grâce à ces formations à l’étranger, certains secteurs scientifiques ont désormais acquis un haut degré d’autonomie (la biotechnologie par exemple) et forment, au Mexique, les générations des futurs chercheurs. Pour autant, de nombreux étudiants mexicains continuent à se former à l’étranger, sous l’effet conjugué de l’internationalisation de l’enseignement supérieur, d’une “mondialisation” de certains savoirs, enfin de l’existence, historiquement construite, de liens et réseaux entre les institutions mexicaines de recherche et leurs homologues étrangères.Tel est le cas, en particulier, des relations scientifiques entre le Mexique et la France, en ingénierie, en sciences humaines et sociales, ou encore en commerce international. La France représente, par exemple, le principal pays formateur des chercheurs mexicains, ingénieurs ou sociologues, qui appartiennent au Système national des chercheurs (Sistema nacional de investigadores — SNI). Ces données tirées de travaux récents de chercheurs, notamment des porteurs de ce projet, ont généré des interrogations approfondies sur les facteurs de la mobilité étudiante et, en aval, sur ses répercussions en matière de structuration du champ de la recherche, de réseaux scientifiques entre la France et le Mexique dans le développement de la recherche mexicaine, ou encore en matière de circulation des savoirs entre ces deux pays.

1 Ce rapport est avant tout scientifique. Nous ne parlerons pas ici du déroulement du projet, dont certaines précisions sont apportées dans le formulaire joint.

L’objectif scientifique central du projet a ainsi été d’apporter des réponses à la question de la reconfiguration de secteurs de la société à la faveur de la mobilité étudiante et scientifique, et notamment du retour des étudiants et enseignants chercheurs mexicains ayant acquis leurs diplômes hors en France. Par hypothèse, la mobilité académique et la circulation des savoirs correspondante auraient des incidences sur les dynamiques scientifiques, comme l’animation d’écoles théoriques, la constitution de réseaux, de laboratoires de recherches, d’équipes regroupées autour d’un projet commun, la création de revues scientifiques, le montage de colloques et, de manière plus proche d’une sociabilité ordinaire, la participation à des groupes d’« anciens de… », etc. Elles favoriseraient la constitution de nouveaux pôles ou groupes scientifiques. Ces derniers seraient des lieux de (re)structuration socio-politique de la recherche, dans la mesure où les savoirs en question seraient l’objet d’usages réservés, donc de monopoles, et la base de réseaux circonscrits de chercheurs.

Selon l’hypothèse spécifique principale de cette recherche, les réseaux scientifiques, induits par la mobilité étudiante et académique mexicaine — et producteurs de cette mobilité —, contribuent à la structuration du champ scientifique mexicain et au fait que des “porteurs” de certains savoirs tirent avantage de ces réseaux pour prendre place au rang des élites scientifiques.

La littérature scientifique produite sur ces questions centrales des rapports entre mobilité étudiante et structuration du champ scientifique, et des rapports entre cette mobilité et la formation des élites relèvent, d’une part, de la sociologie de l’éducation, de la sociologie politique, d’autre part et de la sociologie des sciences. Elles portent simultanément sur différentes composantes de ces questions centrales sans les lier nécessairement entre elles. Les travaux sur l’internationalisation de l’enseignement supérieur, par exemple, traitent surtout des politiques d’internationalisation et de mobilité, sans toujours s’interroger sur leurs impacts dans la structuration du champ de la recherche ou, plus simplement, sur les effets sociaux de ces mobilités sur le pays d’origine. D’un autre côté, les travaux consacrés aux productions scientifiques envisagent peu — ou de manière récente — l’inscription de ces productions dans les cadres politiques de la coopération scientifique. Les travaux sur la circulation des savoirs, en bonne part historiques, s’intéressent, eux, en priorité aux échanges de savoirs, et à titre très secondaire aux caractéristiques, sociologiques ou politiques, des cadres de développement de ces derniers ou, dans une perspective socio-démographique, aux populations à l’origine de ces échanges. Enfin, à notre connaissance, aucune recherche ne s’est intéressée jusqu’ici à ces dynamiques étudiantes du point de vue des réseaux, que ce soient que les étudiants constituent, en France, à l’occasion de leur mobilité, ou que ce soient ceux, mexicains ou franco-mexicains, qui ont favorisé leur mobilité et qu’eux-mêmes entretiennent. Cette question des réseaux constitués grâce à la mobilité, pour autant qu’elle ait spécifiquement été étudiée, a été abordée, de manière indirecte, pour apprécier la question de la circulation des savoirs, et la transformation de certains champs (juridique ou politique par exemple), dans des cas précis distincts du Mexique, mais pas spécifiquement dans le cas qui nous occupe.

Ce projet s’est ainsi donné l’objectif d’étudier l’impact des mobilités étudiantes et académiques et des réseaux scientifiques entre la France et le Mexique sur la structuration et les dynamiques du champ académique et scientifique mexicain. Il a également cherché à relier ces différentes approches — de sociologie de l’éducation ou de la sociologie des sciences — et ces différents objets — internationalisation de l’enseignement et mobilité étudiante, circulation des savoirs, structuration du champ scientifique, formation des élites — pour

mettre au jour les trois composantes de la mobilité étudiante et scientifique : non seulement 1) ses facteurs de production et 2) ses modalités de développement (trajectoires et circuits de mobilité), mais aussi 3) ce que génère cette mobilité en termes de dynamiques scientifiques et, sociales, de formation des élites mexicaines.

2 — Des approches multiples, des méthodologies complémentaires

Cet objectif a été poursuivi à travers trois grandes orientations : premièrement, il s’est agi de mesurer et spécifier la mobilité des étudiants et des chercheurs mexicains vers la France grâce aux différentes sources disponibles ; deuxièmement, de travailler auprès de la population mexicaine formée en France pour étudier les réseaux scientifiques entretenus avec ce pays et, de manière conjointe, l’importance de la formation en France dans les pratiques scientifiques au Mexique — sous l’angle, notamment, des savoirs véhiculés de la France vers le Mexique. Troisièmement, il s’est agi de travailler sur des populations mexicaines formées en France ayant intégré des “corps” d’élites, principalement scientifiques et, à titre secondaire, politiques. Une quatrième dimension, à l’origine non incluse dans le projet, a également été explorée par Sylvie Didou et ses étudiants, celle des savoirs produits en France par des spécialistes du Mexique et des réseaux qui, dans les deux pays, facilitent cette production.

Deux approches distinctes ont été adoptées pour traiter ces orientations : l’une, macro- sociologique, a consisté à dresser l’état de la mobilité étudiante mexicaine, passée et actuelle, vers la France ; l’autre, davantage micro-sociologique, a été conduite auprès de populations particulières et distinctes, d’un point de vue disciplinaire, de populations de chercheurs mexicains formés en France.

La première démarche a été qualitative et quantitative (infra) et a généré des travaux tant au Mexique qu’en France. La seconde, qualitative, a également été conduite dans ces deux pays, auprès d’étudiants mexicains en formation en France, de Mexicains devenus chercheurs ou intégrés à la classe politique, ou encore de chercheurs français travaillant sur le Mexique ou en lien avec des chercheurs et centres de recherche mexicains (infra).

Ces deux démarches ont donné lieu à des opérations distinctes mais conduites dans la double perspective de donner matière à des résultats complémentaires et de fournir des pistes de comparaisons entre sous-populations de différentes disciplines (anthropologues, sociologues, ingénieurs, biotechnologues et diplômés de commerce et management). Plus précisément, le comparatisme a été développé dans quatre directions :
1) entre des populations différentes d’étudiants mexicains en France ;
2) entre des populations de chercheurs mexicains diplômés de France,
3) entre des populations de chercheurs mexicains diplômés de France, travaillant au Mexique et en France.
4) entre des réseaux bilatéraux de chercheurs français travaillant sur le Mexique en France et au Mexique.

Les différentes missions de recherche réalisées par les chercheurs et doctorants, mexicains et français, ont ainsi eu pour principaux objets :

-  les programmes franco-mexicains d’échanges scientifiques (entretiens approfondis avec des acteurs, français et mexicains, du milieu de la coopération scientifique et culturelle, sur les réseaux scientifiques franco-mexicains et les politiques de coopération) ;
-  le poids de la formation à l’étranger, en particulier en France, dans la constitution d’éventuels “collectifs” d’ingénieurs au Mexique ;
-  le poids de cette formation dans les trajectoires et dans l’insertion, dans le champ scientifique, de sociologues mexicains formés et en cours de formation en France ;
-  les échanges entre chercheurs français qui travaillent sur le Mexique et les chercheurs mexicains, en particulier anthropologues, ethnologues, historiens, archéologues, démographes, géographes, économistes et philosophes ;
-  le rôle des formations françaises en commerce, mangement et sciences politiques dans l’insertion professionnelle des lauréats mexicains de ces disciplines, en particulier dans la classe politique, et la constitution de réseaux politiques, notamment au sein du groupe des législateurs mexicains ;
-  le rôle des formations françaises dans la constitution de groupes politiques (sénateurs) distingués par obédiences ;
-  le rôle des institutions françaises de formation dans lesquelles se sont formés des biotechnologues mexicains à l’origine de constitution, au Mexique, de collectifs de chercheurs de cette discipline.

Les enquêtes ont été :
-  qualitatives, auprès de chercheurs étrangers (notamment français) au Mexique ;
-  quantitatives, sur les populations de chercheurs mexicains diplômés de France ;
-  quantitatives, sur les actuels étudiants mexicains en France.

Sans entrer ici dans le détail, qui sera davantage exposé dans la partie « Résultats », les opérations réalisées sont les suivantes :
-  collecte des données de grandes institutions nationales participant à des campagnes de bourses d’enseignement supérieur (Conacyt, Anuies, PROMEP…) ;
-  étude statistique de la mobilité étudiante mexicaine vers la France depuis 2006, d’après des données de Campus France à Mexico ;
-  traitement statistique de la base du Système national de recherche (SNI) pour identifier les lieux de formation des chercheurs mexicains (distingués selon les disciplines retenues) promus par ce système, et les logiques de mobilité ; l’analyse a été conduite selon les critères démographiques usuels, ainsi que la discipline d’étude et la classe d’âge, pour mesurer les effets structurels ou conjoncturels de la mobilité ;
-  analyse des politiques publiques en matière de formation à l’étranger des étudiants et de constitution de réseaux scientifiques, internationalisés dans leur recrutement et leur composition ;
-  mise en perspective, par rapport au cadre général de la coopération internationale mise en place par le Mexique en matière de formation universitaire et de recherche, de celle établie entre la France et le Mexique ;
-  enfin et surtout, des campagnes d’entretiens qualitatifs, en France et au Mexique, ont été conduites auprès d’étudiants mexicains en France, de lauréats de diplômes français au Mexique, dans le champ scientifique et le champ politique, d’institutions française et mexicaines de formations supérieures, ou encore de chercheurs français travaillant avec et sur le Mexique.

3 — Résultats

Durant ces quatre années d’activités, 14 communications à colloque, 9 articles et 8 chapitres d’ouvrage ont été élaborés. Deux thèses de doctorat, présentées par des doctorants mexicains au DIE-CINVESTAV et à la UAM -Azcapotzalco, ont été soutenues, avec les remerciements correspondant au programme ECOS. Tous les bénéficiaires du programme, à l’exception de Leo Dazon –doctorant français qui a bénéficié des appuis du programme ECOS durant les deux premières années- ont écrit pour le moins une publication dans laquelle ils ont fait état du crédit dû à ECOS.

La production académique accumulée par les membres du projet se caractérise par sa diversité. Elle rassemble des articles de diffusion et de recherche, des communications dans des colloques et des chapitres d’ouvrage. Elle a, en ce sens, sous-tendu l’établissement de liens de coopération entre le groupe rassemblé dans le cadre du projet ECOS et d’autres réseaux et organisations intéressés par ces thématiques, aux échelons national et international (CLACSO/projet CONACYT de recherche dirigé par le Dr. Eduardo Remedi, DIE_CINVESTAV).

Conformément aux objectifs poursuivis par le projet ECOS, le groupe de recherche a également favorisé la production académique des étudiants inscrits dans notre programme, en leur demandant de produire divers types de textes scientifiques, comptes rendu d’ouvrages sur les thèmes considérés, articles de recherche et de diffusion, entrevues à des spécialistes de l’internationalisation et fiches bibliographiques sur des ouvrages récents concernant l’internationalisation et l’échange des savoirs. La présentation de communications dans les colloques internationaux, pour sa part, a contribué à développer leurs capacités d’argumentation, dans des espaces de discussion reconnus pour leur qualité. Dans quelques cas, l’engagement par rapport aux étudiants et à l’amélioration de leurs compétences en matière d’écriture académique s’est traduit par la production d’articles en co-autorat avec le directeur de thèse.

Les quatre principaux thèmes autour desquels se sont retrouvés les participants au projet ont été les suivants : L’internationalisation de l’enseignement supérieur et la mobilité des étudiants mexicains ; Formation en France et constitution de collectifs et réseaux scientifiques ; Le savoir comme creuset des collectifs d’anciens étudiants ; La production de savoirs sur le Mexique par des chercheurs français. Nous examinerons succinctement ces quatre volets tour à tour2.

3-1 — Internationalisation de l’enseignement supérieur et mobilité des étudiants mexicains

Cet axe rassemble des contributions de Sylvie Didou, Rocio Grediaga et Estela Maldonado, Etienne Gérard et Jean-François Cornu, Domingo Garcia et Anne-Catherine Wagner : ses membres se sont intéressés aux programmes et aux politiques qui encadrent la mobilité des étudiants mexicains. Ils ont également fait le choix de développer des analyses de type institutionnel afin d’identifier, en France en tant que lieu d’accueil, et au Mexique, en tant que lieu de départ, quels ont été les établissements clés dans ces échanges.

2 Pour davantage de développement nous renvoyons aux contributions (articles ou textes de communications) joints en annexe.

Conformément aux lectures faites, tant sur la profession scientifique que sur les circuits et les trajectoires de la mobilité étudiante, selon des approches historiques et contemporaines, ils ont choisi une approche centrée sur les disciplines (sociologie, anthropologie, sciences politiques, ingénierie en particulier). C’est sous cet angle qu’ils ont travaillé sur les réseaux de mobilité, sur les animateurs de ces réseaux (avec un intérêt particulier pour les passeurs de savoirs) et sur les mobilités trans-générationnelles, telles que les dévoilent certains cas d’études. Des entrevues ont permis pour leur part de confirmer l’importance des facteurs de type structurel et conjoncturel mais aussi celle de l’histoire des idées, dans le profil, la durée et, le cas échéant, le redéploiement des flux.

Examinés au prisme des logiques sociales et politiques d’internationalisation, les réseaux ont constitué en eux-mêmes un objet nécessitant des approches et outils méthodologiques multiples et différenciés, non moins que des échelles variées : l’internationalisation, en effet, a pu être considérée à travers des bases de données quantitatives : base Campus France (depuis 2006) des étudiants mexicains mobiles vers la France, base du Système national des chercheurs (Sistema nacional de los investigadores) qui recense 22 000 chercheurs et leurs trajectoires de formation, ou encore base de législateurs mexicains (1 500 députés et 384 sénateurs) de trois législatures différentes (1997-2000 ; 2000-2003 ; 2012-2015). L’exploitation de telles bases a donné lieu, notamment, à plusieurs résultats originaux : 1) une analyse de la “morphologie” des étudiants mexicains qui se rendent en France, par niveaux d’étude, discipline, sexe et âge, ou encore par régions mexicaines d’origine, régions et institutions françaises de destination ; 2) une cartographie des flux et pôles de mobilité des chercheurs mexicains et de la pace de la France dans le champ international de la formation, dans les disciplines retenues par le projet ; 3) un annuaire des législateurs mexicains pour trois périodes, distingués par pays de formation et parti d’appartenance. Ces différents outils ont permis de fournir des données de cadrage pour les enquêtes de terrain, non moins que des données explicatives pour les processus mis au jour de manière qualitative.
À ces données quantitatives se sont ainsi ajoutées nombre d’enquêtes qualitatives auprès d’échantillons raisonnés ou aléatoires, distingués du point de vue de la discipline et, quand cela a été possible, représentatifs de la population globale de référence (ou étudiants mexicains en France, ou chercheurs mexicains s’étant formés en France). Ces différentes bases ont permis l’appréhension de la mobilité à un niveau macro sociologique, mais aussi à une niveau plus fin, microsociologique, permettant de croiser les échelles et d’apprécier, à la lecture des dynamiques nationales d’internationalisation, intégrées à celle du marché international de la formation, les dynamiques scientifiques et sociales de mise en réseau des chercheurs formés à l’étranger et de ces derniers avec leurs homologues français.

A l’analyse, les trajectoires à l’international des individus doivent être considérées comme le produit de logiques distinctes mais inséparables : la première est celle d’une transformation profonde du marché international de la formation, t dans ses divisions, hiérarchies et évolutions. Ces évolutions doivent nécessairement être prises en compte pour apprécier le poids relatif des relations entre le Mexique et la France, et, pour les différentes disciplines, la place de ce dernier pays au sein des pôles internationaux de formation des chercheurs mexicains. Une telle lecture permet en effet d’apprécier le degré d’attractivité de la France, voire son degré de spécialisation dans les différentes disciplines (Cornu et Gérard3), par rapport à celui des autres pays de destination des étudiants mexicains.

3 On indique ici les références de travaux réalisés dans le cadre du projet, et dont des écrits ont fourni matière à cette synthèse et que l’on trouvera en annexe. Cette règle est valable pour l’ensemble du texte.

Une deuxième logique de mobilité, mise en évidence par les enquêtes micro- sociologiques, est celle d’un développement des mobilités vers la France sur la base de relations historiquement construites, par des générations successives de chercheurs et d’étudiants mexicains tour à tour formés dans ce pays, avec leurs homologues français, et des institutions particulières, comme le sont l’Ecole des hautes études en sciences sociales, Sciences Po ou, pour l’ingénierie, l’Ecole Polytechnique de Toulouse.
Une troisième logique est consubstantielle aux réseaux ainsi formés, à la fois entre chercheurs mexicains en France, entre chercheurs français travaillant au et/ou sur le Mexique, ou encore entre ces deux populations mexicaine et française. L’internationalisation doit à cet égard être appréciée comme un « maillage » de relations et réseaux peu à peu tissés entre ces populations de chercheurs et leurs étudiants, au sein ou indépendamment des cadres et dispositifs institutionnels de coopération académique (infra).
Enfin, des enquêtes auprès de populations particulières, comme celle des étudiants mexicains formés en sciences politiques, commerce et management, ont fait ressortir les inégalités sociales d’accès aux différents savoirs et la valeur sociale relative des savoirs dispensés par la France dans ce domaine.

Les réseaux apparaissent ainsi comme le produit de dynamiques sociales de collaborations entre chercheurs, peut-être tout autant que des politiques d’internationalisation
— en l’espèce, un travail systématique de mesure des cadres, formels et informels, des réseaux académiques et scientifiques devrait être réalisé. Un travail sur les ingénieurs mexicains du SNI et leur répartition dans le pays en fonction de leur lieu de formation a par exemple pu montrer que, si le champ scientifique de l’ingénierie mexicaine est en bonne part le reflet de la division du champ international de la formation, cette dernière semble être avant tout le produit de dynamiques scientifiques de collaboration entre chercheurs, mues par leur affiliation commune à une « culture » étrangère donnée — donc à une expérience commune — de la recherche en ingénierie.
Ces dynamiques de mobilité sont bien sûr évolutives ; elles enregistrent tout autant le poids, aux différentes périodes politiques d’internationalisation, de chaque pays dans l’espace international de la formation (Grediaga et Maldonado), que la valeur sociale des savoirs dispensés par chaque pays dans les différentes disciplines, en l’occurrence la France (Garcia et Wagner) ou encore les capitaux — dont les réseaux — transmis respectivement par les chercheurs mexicains formés en France ou par les chercheurs français travaillant au Mexique, et hérités par leurs étudiants.

3-2 — Formation en France et constitution de collectifs et réseaux scientifiques

Les textes écrits sur les ingénieurs mexicains par Etienne Gérard, lui-même et Rocio Grediaga et les deux thèses de doctorat préalablement mentionnées ont permis de creuser le rôle des réseaux, leurs supports et leurs profils. Les auteurs ont, à cette fin, révisé l’abondante littérature scientifique existant sur les réseaux et ont fait référence à des auteurs spécialisés, tant dans l’analyse des réseaux que dans celle de leurs apports à la productivité scientifique et à la constitution d’élites dans les champs professionnels et académique (Pierre Bourdieu, Bruno Latour et Burton Clack, entre autres). La référence à des aires disciplinaires différentes, inscrites dans le champ des sciences dures comme dans celui des sciences sociales, et référant à des pays distincts, a permis de contraster les approches et de montrer que ces réseaux s’inscrivent dans un terreau historique, profondément lié aux généalogies intellectuelles, à la formation d’écoles de pensée et aux échanges d’idées établies sur une longue durée.

En ce sens, le fait de s’être formé en France pour les étudiants de certaines disciplines et, plus encore, dans une institution commune, est au principe d’une affiliation, sinon toujours à une école de pensée (comme en sciences humaines), du moins à un collectif ou à une “communauté intergénérationnelle” qui prolonge ses développements dans l’affiliation à un même univers, voire à une institution professionnelle commune. La recherche d’éventuels “collectifs” d’ingénieurs mexicains, distingués par le pôle international de formation, a par exemple pu mettre en évidence (Gérard) que certaines régions du Mexique, comme le Veracruz, sont marquées par de tels collectifs formés en France, de génération en génération, parfois dans d’identiques établissements, dans le cadre ou en l’absence de conventions interinstitutionnelles.
De manière générale, les institutions de recherche mexicaines en ingénierie emploient des ingénieurs ayant une affiliation commune à une institution étrangère de formation, sur la base d’un système de « reproduction des trajectoires » : ce sont les ingénieurs qui, d’aîné à cadet, ou entre pairs, génèrent eux-mêmes des « chaînes scientifiques » entre les institutions étrangères de formation et les institutions mexicaines de recherche. Ils sédimentent, au Mexique, un « effet réseau » entre ingénieurs, en fonction de leur affiliation commune à des écoles de formation, au-delà de liens formels (conventions) entre ces institutions. Cette même logique est apparue à un autre niveau : celui des politiciens de l’Etat de Tabasco, étudiés par Jaime Aragon, établis en réseau sur la base de leur formation commune en France à la fin du XXè siècle, suite à l’action volontaire du gouverneur de cet Etat, diplômé de France, d’envoyer ces politiciens s’y former.

Les formations dans un pays étranger ou le suivi de ces formations dans un établissement commun donné — nous examinerons plus loin ces deux niveaux distincts — constituent de la sorte le creuset de nombreux collectifs ou réseaux de chercheurs au Mexique. De là le rôle essentiel joué par les formations étrangères dans la structuration du champ scientifique national.

3-3 — Le savoir comme creuset des collectifs d’anciens étudiants ?

Avec des textes produits par Etienne Gérard (sur les ingénieurs), Jaime Aragon Falomir (sur la formation des élites politiques mexicaines), Anne-Catherine Wagner et Domingo Garcia (sur le rôle des grandes écoles de commerce et d’administration) et Catherine Agulhon (sur les chercheurs mexicains formés en France et ayant conservé des relations avec leurs homologues français), cette ligne de recherche a donné lieu à des réflexions sur les savoirs, comme ciment principal des collectifs. Il est apparu comme une évidence que le partage de perspectives théoriques similaires ou l’acquisition des mêmes savoirs techniques sont des facteurs déterminants pour expliquer la récurrence, au long de trajectoires scientifiques, de certaines formes d’associations privilégiées ou d’affinités électives.

Mais il est aussi certain que d’autres éléments entrent en jeu pour expliquer la durabilité variable des collectifs d’ex-étudiants : la spécialisation disciplinaire dans un univers scientifique de plus en plus mondialisé qui érode les relations amicales établies lors des études, la géométrie très variable des programmes d’appui à l’internationalisation et les ressources et le capital susceptibles d’être obtenus par un engagement dans ce type de structure en sont quelques exemples.

À tout le moins, les savoirs semblent fortement constituer un « marqueur identitaire » particulièrement fort dans les collectifs ou communautés de chercheurs, tout autant peut-être que dans des collectifs, comme ceux des politiciens, formés aux mêmes écoles de pensée. Il est à cet égard notoire que les législateurs du PRI, étudiés par Jaime Aragon, sont bien davantage formés en France que ne le sont ceux du PAN ou du PRD. De même Edgar Gongora a-t-il pu montrer, à l’étude des réseaux de chercheurs étrangers au Mexique, que les réseaux de ces derniers ne sont pas tissés en priorité avec leurs compatriotes mais avec les chercheurs qu’ils ont connus lors de leur doctorat ou post-doctorat. En somme, ce seraient les savoirs eux-mêmes, ainsi que leurs cadres d’acquisition, qui constitueraient la matrice des réseaux entre chercheurs et le principe de leur affiliation à ces réseaux, davantage que l’identité nationale. Réciproquement, les réseaux joueraient le rôle de « vecteur » ou
« catalyseur » des savoirs, convertissant les simples diplômés en véritables “porteurs” ou
“passeurs” de savoirs.

Au demeurant, l’“efficace” des savoirs ou celle des réseaux constitués sur leur base ressortit à la légitimité de ces savoirs dans le champ scientifique, non moins qu’à leur valeur sociale. Pour que ces savoirs constituent le sédiment de réseaux, encore faut-il qu’ils aient une telle légitimité. Celle-ci, plus encore, fluctue, et est instable : à des savoirs légitimes, reconnus et structurants à une période donnée peuvent se substituer d’autres savoirs, d’origine et obédience différentes à la période suivante. Les « savoirs du pouvoir » étudiés par Wagner et Garcia en constituent un bon exemple, non moins que ceux de sciences humaines comme la sociologie ou, sociales, comme l’économie, en partie sujets aux inflexions propres aux politiques nationales.
Toutes les études ici conduites au niveau le plus fin des trajectoires des chercheurs mexicains formés en France, distingués par disciplines, ont relevé les conclusions, émises ailleurs, sur les fonctions de socialisation des réseaux, d’intégration dans des espaces nationaux et internationaux, de creuset de solidarité dans des espaces marqués par une compétition internationale accrue. Au-delà de ces fonctions se pose toujours la question des modes d’affiliation aux réseaux — que l’on a précédemment évoqués — et plus encore celle de l’impact de ces réseaux sur la structuration du champ scientifique national et, à ce titre, le rôle des savoirs. Là encore, les études réalisées dans le cadre de ce projet convergent pour souligner la nécessaire différenciation des disciplines. Dans la mesure où ils sont beaucoup plus “universalisés” dans leur contenu, les savoirs dits de sciences exactes (comme la biotechnologie étudiée par Estela Maldonado) se distinguent des savoirs de sciences humaines et sociales, davantage marqués par des écoles de pensée. Dans le premier cas joue davantage le type d’apprentissage des savoirs — ou les “pratiques de la science. En ce sens l’établissement (de doctorat, post-doctorat) fonde sans doute davantage l’affiliation et la mutuelle reconnaissance de ses lauréats, que les savoirs eux-mêmes. Dans le second cas les figures tutélaires des écoles de pensée auxquelles les adhérents à ces écoles peuvent s’identifier sont davantage au principe de cette reconnaissance mutuelle, peut-être au-delà de l’établissement étranger dans lequel les étudiants mexicains se sont formés.

S’il n’est pas toujours au rang des facteurs de mobilité vers tel ou tel pays étranger, le savoir n’en constitue donc pas moins — ou dans ses contenus, ou dans ses traductions scientifiques concrètes, ou encore à travers les établissements où il est acquis — un facteur fort de constitution de réseaux ou d’inscription individuelle en leur sein, non moins qu’un marqueur d’identité garant de cette intégration.

3.4 — La production de savoirs sur le Mexique par des chercheurs français

Avec des textes de Sylvie Didou et Jessica Badillo, cet axe a cherché à montrer quels étaient, tant du côté français que mexicain, les principaux apports des chercheurs français à la connaissance, qui circule comme une connaissance légitime tant en France qu’au Mexique, de divers phénomènes scientifiques, dans les sciences dures, sociales et humaines. Dans un premier temps, une carte des principales institutions abritant ces chercheurs qui sont également des intermédiaires entre deux mondes scientifiques a été dressée. Cela a permis de savoir dans quelle mesure des établissements comme le CEMCA mais aussi comme le CIESAS ou l’Institut de physique de l’UNAM ont représenté des espaces favorables à ce processus au Mexique. Dans un second temps, par le biais d’entrevues, des chercheurs ont été interrogés sur plusieurs des thèmes transversaux qui se sont dégagés au long du projet ECOS comme nos principaux objets d’étude : parmi ceux-là, citons la pertinence des dispositifs de coopération bilatérale, l’échange et l’hybridation des savoirs par le biais des mobilités étudiantes et professionnelles, les articulations et bifurcations des cultures disciplinaires et les processus d’intégration dans des milieux scientifiques différents de ceux d’origine.

Les principaux éléments de la problématique spécifique aux savoirs concernent leur hybridation, par l’insertion des individus dans les laboratoires mexicains ou dans des réseaux. On trouve là des éléments positifs et valorisés, de manière évidente, par les personnes interrogées comme peuvent l’être la combinaison d’approches distinctes sur un même objet, la liberté dans les choix de recherche, l’autonomie octroyée aux postdoc. De graves obstacles réduisent néanmoins les opportunités d’une coopération par ailleurs bien rôdée : mentionnons parmi ceux-ci l’insuffisance des appuis financiers et leur discontinuité, la bureaucratisation des processus de financement, la déconnexion des calendriers dans les appels à projets et parfois également, le peu d’intérêt, hors des cercles étroits des spécialistes de la région. L’un des aspects à creuser reste celui de la définition justement d’une spécialité, en termes géographiques ou disciplinaires, laquelle influe sur la définition des terrains, sur la construction des trajectoires professionnelles et sur la nature des échanges académiques.

3-5 — Conclusion — Entre institutions et dynamiques scientifiques : visibilité et invisibilité des réseaux scientifiques franco-mexicains

Des recherches récentes de membres du projet Ecos (Agulhon) ont pu montrer une sorte d’effritement des « chaînes » intergénérationnelles auparavant tissées entre les mondes académiques mexicains et français et à la dissolution du processus de référencement de figures tutélaires françaises au Mexique, processus qui ont donné place à des mobilités moins “ciblées”, moins inscrites dans des réseaux constitués, davantage soumises aussi à la multiplicité des circuits mondiaux de mobilité et à l’attractivité changeante des pôles étrangers de mobilité (Gérard et Cornu). De même, l’un des doctorants du projet (Durand), a pu souligner que, si la communauté mexicaine à Paris joue le rôle d’espace de socialisation et de protection solidaire pour les étudiants confrontés à des problèmes d’études, économiques ou affectifs, cette communauté ne paraît pas être le sédiment de réseaux, ni des diplômés, ni des ex-étudiants. Enfin, dans une certaine mesure, les trajectoires de mobilité semblent plus individuellement construites, moins inscrites dans des collectifs bilatéraux, plus “hasardeuses” aussi peut-être. À cela s’ajoute, en dernier lieu, la transformation des cadres et dispositifs de la mobilité, sans doute davantage institutionnalisée et formalisée (accords de coopération, conventions interinstitutionnelles…) que par le passé (Agulhon).

Ces trois processus — de diversification des circuits et pôles de mobilité, d’effritement de « chaînes » intergénérationnelles informelles des mobilités, enfin d’encadrement institutionnel renforcé de ces dernières — pourraient laisser penser à une plasticité accrue, voire à une dissolution, des réseaux scientifiques informels, et à un affaiblissement de leur rôle dans la structuration du champ scientifique mexicain. Rien n’est moins sûr. D’une part, en effet, ces réseaux informels semblent constituer le sédiment de réseaux formalisés par des cadres et dispositifs de coopération — ce projet en est lui-même un très bon exemple — ; d’autre part, le degré de visibilité des réseaux semble de plus en plus sujet à leur prise en compte et considération par les politiques institutionnelles de coopération. On a également pu montrer, dans le cas des élèves ingénieurs mexicains par exemple (Gérard et Grédiaga) que les trajectoires individuelles sont largement “enchâssées” dans des dynamiques collectives de mobilité. Loin d’être le fruit du hasard, ces trajectoires d’individus, pour autant qu’elles semblent conditionnées par des affinités amicales en France, ou développées sans référence explicites à ce pays, sont sociologiquement conditionnées.
Nos études indiquent aussi que la question des réseaux ne peut être appréciée de manière globale, et qu’elle nécessite des distinctions précises, en particulier entre disciplines. De même que les logiques d’internationalisation des chercheurs de sciences dures et de sciences humaines sont distinctes (Gérard et Grédiaga), que les pôles et circuits de mobilité des uns et des autres diffèrent également (Gérard et Cornu), la morphologie et le fonctionnement des réseaux de ces deux champs disciplinaires méritent d’être étudiés de manière distincte, non seulement en référence aux dynamiques passées de construction des réseaux dans ces disciplines ou à leurs pôles internationaux de formation de référence, mais aussi en référence à leurs pratiques scientifiques respectives. Comme le soulignent Grediaga et Maldonado, les dynamiques d’internationalisation et d’accroissement interne, au Mexique, des capacités de formation, ont un poids différent selon les disciplines : les politiques publiques semblent peser plus lourd dans le cas où les communautés disciplinaires du pays sont le moins consolidées.

Enfin, ces réseaux doivent être appréciés dans la complexité de leurs modes de construction, de développement et de consolidation, enfin de leur rôle comme vecteurs ou canaux de la mobilité étudiante et scientifique, en interaction avec d’autres vecteurs de l’internationalisation, comme le sont les cadres et dispositifs de coopération ou, à un autre niveau, les processus de légitimation, au Mexique, des savoirs acquis par les étudiants dans les différents pôles mondiaux de formation. Si les savoirs du commerce, du mangement ou des sciences politiques dispensés par les établissements français semblent avoir moins de valeur sociale dans le champ politique mexicain que leurs correspondants enseignés aux Etats-Unis (Garcia et Wagner), tel n’est pas le cas, par exemple, des savoirs de la sociologie ou de l’ingénierie, pour lesquels la France reste davantage une référence que le voisin nord- américain du Mexique.
À ce titre, nos publications ont contribué à souligner l’importance de travailler conjointement les interactions des établissements, des réseaux et des dispositifs de coopération scientifique pour mieux comprendre le fonctionnement du milieu scientifique. Ce sont eux qui définissent la ou les trames de l’échange des savoirs et déterminent la consolidation de chaînes bilatérales de mobilité, susceptibles d’alimenter sur le moyen et le long terme des collaborations significatives, en termes de formation de jeunes chercheurs, d’actualisation professionnelle et de production scientifique de haut niveau. Nos recherches ont aussi montré, à l’étude des flux, circuits et pôles de mobilité des étudiants mexicains, que l’analyse précédente doit nécessairement être contextualisée en référence à la division internationale du champ de la formation.

Au terme de cette synthèse succincte des résultats de ce projet sur les mobilités et réseaux France/Mexique, apportons une dernière précision. Outre le fait de nous permettre de compléter l’analyse de ces questions selon une approche qualitative, l’écoute des nombreux informateurs interviewés nous a également conduits à identifier les failles et les avantages des programmes de coopération entre les deux pays. Il nous semble important à ce propos de signaler que les outils et les instruments devraient être plus adaptés aux besoins de leurs destinataires, plus flexibles et plus diversifiés. À l’heure actuelle, si les réseaux scientifiques franco-mexicains sont relativement nombreux et parfois dynamiques, leur financement sur plusieurs années reste problématique et les efforts demandés pour les maintenir en activité sont parfois disproportionnés par rapport aux appuis et aux résultats obtenus, produisant un désengagement par rapport aux réseaux et à la collaboration internationale.

Résultats et valorisation

Articles

  • Didou, S, Abril 2014, “Cooperación franco-mexicana en educación superior y ciencia : ¿repunte o reestructuración ?” Portal OBSMAC, Opiniones de Expertos. Categoría Experiencias y programas. http://www.unesco.org.ve/index.php?option=com_content&view=article&id=3519: cooperacion-franco-mexicana-en-educacion-superior-y-ciencia-repunte-o- reestructuracion&catid=201:experiencias-y-programas&Itemid=770&lang=es
  • Grediaka Kuri (R.) et Maldonado (E.), « Une première approche de reconstruction des principaux pôles internationaux de formation des scientifiques mexicains à partir de 1960 », Cahiers de la recherche sur l’éducation et les savoirs, n°11, 2012, pp. 73-106.
  • Garcia Garza (D.) et Wagner (A.-C.), 2015, « L’internationalisation des “savoirs” des affaires. Les Business Schools françaises : voies d’accès aux élites mexicaines ? », Cahiers de la recherche sur l’éducation et les savoirs, 14 | 2015, 141-162.

Chapitres d’ouvrages

  • Agulhon, C., 2015, “Politicas de movilidad y formacion de las elites cientificas”, in Sylvie Didou y Pascal Renaud (coords), Circulación internacional de Conocimientos. IESALC-UNESCO/ IRD/UNAM/ CINVESTAV/UNAM/AUF, Venezuela, pp. 25-30.
  • Agulhon, C., 2015, “Circulación de los individuos- circulación de los saberes Francia-México, de una generación a la otra”, in Sylvie Didou y Pascal Renaud (coords), Circulación internacional de Conocimientos. IESALC-UNESCO/ IRD/UNAM/ CINVESTAV/UNAM/AUF, Venezuela, pp. 71-93.
  • Badillo, J. et S. Didou, 2015, « La colaboración científica entre Francia y México, desde la perspectiva de los investigadores franceses : aproximaciones preliminares », in Sylvie Didou y Pascal Renaud (coords), Circulación internacional de Conocimientos, IESALC-UNESCO/IRD/UNAM/CINVESTAV/UNAM/AUF, Venezuela, pp.53-70.
  • Cornu (J.-F.) et Gérard (E), 2015, « La Formación de la élite científica mexicana (1950-2010) : Un proceso sujeto a las divisiones internacionales del mercado de la formación », in Sylvie Didou y Pascal Renaud (coords), Circulación internacional de Conocimientos, IESALC-UNESCO/IRD/UNAM/CINVESTAV/UNAM/AUF, Venezuela, pp. 31-51.
  • Gérard (E.), 2015, « Redes y circulaciones de los saberes : una relación paradójica », in Sylvie Didou y Pascal Renaud (coords), Circulación internacional de Conocimientos, IESALC-UNESCO/IRD/UNAM/CINVESTAV/UNAM/AUF, Venezuela, pp. 121-128.
  • Gérard (E.), 2014, « El « efecto espejo ». El impacto de la jerarquía del mercado internacional de la formación sobre el espacio científico nacional. El caso de la ingeniería mexicana », in E. Remedi (ed.), Actes du Colloque international Perspectivas en los estudios sobre trayectorias, producciones y quehaceres científicos, México.
  • Gérard (E.) et Grediaga Kuri (R.), 2012, « Entre brèches et héritages. Mobilité académique mexicaine dans la seconde moitié du vingtième siècle », actes du colloque La migration en héritage dans les Amériques, IDA, Paris.
  • Grediaga (R.) et Maldonado (E.), 2014, « Relación científica méxico-francia. Influencia de los principales polos internacionales de referencia en el desarrollo y evolución de la biotecnología en méxico », in M. Kleiche-Dray et D. Villavicencio (dirs.), Cooperacion, colaboracion cientifica in movilidad internacional en América Latina, IRD/CLACSO, pp. 177-212.
  • Wagner (A.C.) et Garcia (D.), 2015, « ¿Estudiar en las escuelas de negocios y de poder en Francia ? Los estudiantes mexicanos en administración y ciencia política en las grandes écoles francesas”, in Sylvie Didou y Pascal Renaud (coords), Circulación internacional de Conocimientos, IESALC-UNESCO/IRD/UNAM/CINVESTAV ;AUF Venezuela, pp. 95-117

Communications à colloque

  • Agulhon (C.), 2012, « Circulation des individus - circulation des savoirs France Mexique. D’une génération à l’autre », Colloque Circulation internationale des connaissances. Enjeux académiques et scientifiques dans les pays en Développement, México, 9-11 octobre.
  • Agulhon Catherine, 2013, « Internacionalizacion y transferencia de saberes en educación superior », atelier de formation permanente des gestionnaires et spécialistes de l´internationalisation des universités au Panama, Université de Panama, 22 -26 juillet.
  • Aragon Falomir (J.), 2013, « Une première rapproche de la mobilité à l’étranger des législateurs mexicains : comparaison de trois législatures et leurs différentes comportements », Séminaire international Romac - Sudélites, Paris, 25 septembre.
  • Badillo Guzmán (J.) & Didou Aupetit (S.), 2012, « La colaboración científica entre Francia y México, desde la perspectiva de los investigadores franceses : aproximaciones preliminares », Colloque Circulation internationale des connaissances. Enjeux académiques et scientifiques dans les pays en Développement, México, 9-11 octobre.
  • Cornu (J.-F.) et Gérard (E.), 2012, « Circuits de mobilité pour formation de l’élite scientifique mexicaine (1950-2010) : le poids des divisions internationales du marché de la formation et des « chaînes et savoirs » en question », colloque international Circulation internationale des connaissances. Enjeux académiques et scientifiques dans les pays en développement, México, 9-11 octobre.
  • Cornu (J.-F.) et Gérard (E.), 2013, « Trayectorias de formación de los estudiantes-investigadores, mercado internacional de la formación y papel de los extranjeros en la ciencia mexicana : enfoques metodológicos », Séminaire international ROMAC-Sudélites, Paris, septembre 2013
  • Garcia (D.) et Wagner (A.-C.), 2013, « Los estudiantes mexicanos en las carreras de gestión y de ciencia política », Séminaire international ROMAC-Sudélites, Paris,
  • Gérard, E. et R. Grediaga Kuri, 2012, « Entre brèches et héritages. Mobilité académique mexicaine dans la seconde moitié du vingtième siècle », Colloque La migration en héritage dans les Amériques, IDA, Paris, 6-8 juin, à paraître.
  • Gérard, E. 2013, « La population étudiante mexicaine en France : repères et tendances d’une mobilité en transformation », Séminaire international Romac/Sudélites, Paris, septembre.
  • Gérard (E.), 2014a, « Les logiques de mobilités étudiantes et scientifiques, entre traditions historiques, réseaux scientifiques et dynamiques internationales. Le cas de l’élite scientifique mexicaine », Mobilités, Colloque internacional ACSALF, Université d’Ottawa - 14-17 octobre
  • Gérard (E.), 2014b, « El « efecto espejo ». El impacto de la jerarquía del mercado internacional de la formación sobre el espacio científico nacional. El caso de la ingeniería mexicana », Colloque international Perspectivas en los estudios sobre trayectorias, producciones y quehaceres científicos, México, 17 -19 septembre, à paraître.
  • Wagner Anne-Catherine, 2013, « Les classes dominantes et le champ du pouvoir », communication au Vè congrès de l’AFS, Université de Nantes, « Les dominations », 3 septembre.
  • Wagner Anne-Catherine, 2013, « Les classes dominantes dans la mondialisation », Université d’été « Dominations et résistances » (RéDoc AISLF/AUF), organisée par le département de sociologie d’Aix-Marseille Université, « Espaces, cultures, sociétés », LPED, LAMES et le LEST, 5 juillet.
  • Wagner Anne-Catherine, 2013, « La formation des identités culturelles à la Cité internationale », Communication au colloque International Creative Campus (CIUP), 17 octobre.