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Mesure de la pauvreté, risque et comportements démographiques

Responsables scientifiques

Partenariat

Membres du CEPED participant au projet

Résumé

Deux composantes de recherche sont proposés dans ce projet 1) mesure et nature de la pauvreté et 2) pauvreté, risque et comportements démographiques ; les recherches sur le premier thème permettant de mieux faire progresser celles sur le second.
La première composante « Mesure et nature de la pauvreté » part du constat que, curieusement, alors que la pauvreté est un phénomène qui concerne tous les pays du monde et touche presque la moitié de la population mondiale, les études et les statistiques systématiques sur la pauvreté sont relativement récentes puisqu’elles remontent au début des années 1990. S’intéresser à la pauvreté et la mesurer nécessitent avant tout de la définir. L’entreprise est très difficile et il n’existe pas de consensus sur la « bonne » manière de le faire. La pauvreté fait partie de ces concepts protéiformes dont il existe de nombreuses définitions et dont chacune a son degré de pertinence en fonction d’un objectif donné. Ce qui est certain est que le seul indicateur monétaire reste largement insatisfaisant pour cerner la pauvreté, surtout dans les économies rurales des pays du Sud, tournées vers l’autoconsommation, l’informel et faiblement monétarisées. D’autres aspects sont importants, comme par exemple la perception de la pauvreté par les individus eux-mêmes, ce qui renvoie aussi à la notion de pauvreté relative. Si l’aspect multidimensionnel de la pauvreté est unanimement reconnu, en revanche la question de l’identification de ses différentes dimensions, de leur mesure et de leurs interrelations est encore largement ouverte. Une manière de procéder est de voir les corrélations qui peuvent exister entre les variables indicatrices de la pauvreté. Car s’il n’est pas question de remettre en cause le postulat de la multidimensionnalité de la pauvreté, il peut être par contre légitime de se demander dans quelle mesure ces nombreuses variables ne sont pas redondantes et cumulatives. La diversité des définitions et des outils pour appréhender la pauvreté renvoie finalement à une question à la fois théorique, empirique et méthodologique : les différentes mesures de la pauvreté ne constituent-elles qu’une déclinaison d’une seule et même réalité ou bien sont-elles inhérentes à la coexistence d’un ensemble de variables indépendantes et de natures différentes ? Autrement dit, un même ménage peut-il ne présenter que certains symptômes de la pauvreté ou bien l’imbrication de ces symptômes est-elle suffisamment forte et cumulative pour qu’ils ne puissent pas beaucoup diverger ? La première composante de recherche de ce projet consiste, après un récent travail exploratoire en ce sens à Madagascar, à mettre en relation les différentes dimensions de la pauvreté. Au-delà des aspects statistiques et de mesure, il s’agira d’essayer de mieux comprendre la nature des relations ou des interactions entre les différentes dimensions de la pauvreté.

Dans les pays en développement, en l’absence de prise en charge institutionnelle du risque et de mécanismes d’assurance formelle, le risque est géré par la cellule familiale et/ou par de petites communautés grâce à l’existence de contrats implicites entre leurs membres. Les modes de coordination sont alors généralement le résultat d’interactions personnalisées et répétées, ce qui a plusieurs conséquences. En premier lieu, ces interactions couvrent une large gamme d’activités. Les personnes impliquées dans la relation le sont pour le travail, le crédit, les cérémonies, etc. En second lieu, les rôles qu’elles occupent peuvent être échangés selon les besoins : le prêteur peut ainsi devenir emprunteur ou le salarié employeur. En troisième lieu, la forte personnalisation des relations dans ce système d’échanges induit à la fois de fortes barrières à l’entrée et une forte inertie dans les pouvoirs en place.
On perçoit alors la forte imbrication des variables économiques, sociales et démographiques dans ce schéma. Ainsi, l’effectif et la structure du ménage, l’existence et la localisation des réseaux familiaux, sont des variables qui vont être déterminantes dans les choix de portefeuille d’activités, ces dernières requérant souvent des profils particuliers selon l’âge, le sexe et la qualification. Ceci est d’autant plus vrai que, de manière générique, une transformation majeure au cours des dernières décennies observée dans les pays du Sud est la diminution progressive de la taille du groupe au sein duquel prennent corps les mécanismes de solidarité et les prises de décision en matière d’organisation économique et sociale. Le ménage ou la famille restreinte apparaissent aujourd’hui le plus souvent comme les unités décisionnelles les plus pertinentes. La deuxième composante de recherche consiste, dans une optique de gestion du risque et de choix de portefeuille d’activités à étudier les relations entre pauvreté, cycle de vie et composition démographique du ménage. Ce programme de recherche en cours de mise en place se déroulera sur un terrain encore à définir.