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2011 • 14

Revue de la littérature internationale sur la recherche communautaire (Synthèse)

Anne Bekelynck

Résumé

La notion de « recherche communautaire » est apparue au fil des années 1990, d’abord en Amérique du Nord sous les appellations de community based participatory research et de community participatory research, avant de s’établir dans d’autres pays du Nord comme du Sud et de devenir un concept incontournable dans la famille des recherches action et des recherches participatives. Or, si la littérature nord-américaine est abondante à propos de la recherche communautaire, et ce notamment dans le champ du VIH/Sida où cette approche est particulièrement dynamique, la récente importation de cette notion en France fait face à plusieurs défis liés, d’un côté, à sa compréhension et à son acceptation théorique, et de l’autre à son adaptation au contexte politique, social, culturel et institutionnel national particulier.

La recherche communautaire se caractérise par quelques principes clés, réunis autour de trois éléments inter-reliés : la participation, la recherche et l’action. Il s’agit d’une approche collaborative entre des acteurs académiques et des acteurs communautaires (ou associatifs), participant conjointement à toutes les étapes du processus de recherche, suivant des principes d’équité et de responsabilité partagées, en fonction des compétences de chacun. Elle poursuit deux objectifs : un objectif scientifique, consistant à améliorer la qualité de la recherche, par un accès facilité à l’information et par une compréhension davantage pertinente de la réalité ; et un objectif d’utilité sociale, par le renforcement des compétences et des capacités des membres de la communauté, et par la transformation des connaissances produites en actions concrètes, afin d’améliorer, en bout de ligne, les conditions de santé et de bien-être des communautés concernées. La recherche n’est donc plus uniquement sur les communautés, mais devient une recherche faite avec, par et pour les communautés. La littérature internationale s’accorde sur un certain nombre de principes au cœur de la démarche, tels que la participation des communautés au choix de la question de recherche, l’équilibre poursuivi entre recherche et action, une démarche qui devient aussi importante que sa finalité, le processus de co-apprentissage entre les différents acteurs ou encore le partage du pouvoir décisionnaire et des résultats produits. La recherche communautaire est davantage une approche, voire une « philosophie », qu’une méthodologie stricte, dans laquelle l’attitude de respect et d’attention du chercheur envers les communautés étudiées est déterminante. Ainsi, elle recouvre un large éventail de recherches multiples, au sein desquelles les membres des communautés sont plus ou moins actifs dans le processus (de la simple consultation à l’impulsion même de la recherche) et où la conception des types d’action observées est variée (renforcement de capacités des communautés, transformation des relations observé/observant, résolution d’un problème, transformations sociétales).

Portée en France par le champ du VIH/Sida, la recherche communautaire soulève de nouveaux défis, liés à sa compréhension, à son acceptation et à son adaptation au contexte institutionnel. La notion de « communauté », largement utilisée outre-atlantique, cristallise ici des tensions où, dans un contexte de modèle républicain « intégrationniste », son association à des logiques de division et aux concepts de « repli communautaire » ou de « communautarisme » peut jeter un voile sur le débat. Aussi, alors que l’introduction de cette notion renouvelle les débats classiques des recherches action et des recherches participatives au sein de la tradition de la recherche française, la recherche communautaire rencontre des défis liés à son institutionnalisation, et à la question du financement ou non des associations dans le cadre de projets de recherche.

Mots-clés

Recherche communautaire, recherche action, recherche participative, VIH/Sida, communautés, associations.

Working Paper 14
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