Séminaire de l’axe 2

13 novembre 2019
14h-16h30
Séminaire de l’axe 2
Séminaires de l’axe 2
@ Salle J322

Discussion autour du film de Michel Tabet et Sébastien Boulay :
« Sahara Occidental : les voix des martyrs »

Introduction par les réalisateurs, projection d’extraits du film et discussion collective.
Le film se déroule dans les camps de réfugiés sahraouis installés depuis 1975 près de Tindouf, Sud-Ouest algérien, et porte sur la fabrique de figures de martyrs au sein de la population sahraouie.
Il nous entraîne dans une enquête filmée conduite par deux anthropologues et leur accompagnateur sahraoui auprès de familles de martyrs et de mutilés de guerre (1975-1991). Au fil des rencontres, la narration évoque l’histoire d’un centre de réhabilitation de blessés de guerre connu de tous sous le nom énigmatique d’Al-Madrasa, « l’école ». Dans cette « école », improvisée au début des années 1980, en pleine guerre du Sahara, ont été formés des centaines de fonctionnaires, d’instituteurs, de cadres du jeune Etat sahraoui à quelques kilomètres du siège du gouvernement à Rabouni.
A travers l’histoire de ce centre et au cours de ce roadtrip saharien, c’est l’histoire de ceux qui se sont sacrifiés pour la libération de leur terre qui se déploie, ce sont les conditions de vie de réfugiés de leurs proches (aidants et familles) qui apparaissent, c’est la mémoire des martyrs sahraouis qui émerge des poèmes composés et mis en musique en leur honneur, c’est la question de la transmission de la lutte politique entre trois générations qui traverse les discussions. La narration se veut ouverte et déambulatoire, capte des scènes de la vie quotidienne, des paysages de désert et de camps de réfugiés ainsi que des propos glanés au gré des rencontres, le tout au rythme envoutant de la guitare électrique de Mahfoudh Ethman, musicien autodidacte sahraoui.
La question de la mémoire et de sa transmission est également abordée sous l’angle de la matérialité : fresques de martyrs et de disparus, mais aussi de figures héroïques de la lutte pacifique, matérialité de la parole à travers les poèmes déclamés et les chansons, bâtiments en ruines, murs décrépits, carcasses de voitures jalonnant les espaces habités et parcourus…. matérialité des corps diminués, amputés, dont les photographies et images d’archives gardent les traces.
Ce film fonctionne comme un carnet de terrain, qui fait découvrir au spectateur la façon dont on conduit une investigation ethnographique. Il ne s’agit pas seulement de manifester la présence de la caméra par différents procédés de mise en perspective mais aussi d’entendre les voix des réalisateurs et de leur accompagnateur et de montrer comment ils interagissent avec les personnes qu’ils rencontrent. Nous avons laissé une place importante à la circulation et à la spontanéité de la caméra, qui fonctionne comme une caméra-stylo, un carnet de note à l’affût du moindre détail.

Les auteurs

  • Michel Tabet est un anthropologue et réalisateur franco-libanais dont l’approche s’inscrit au croisement entre documentaire et sciences sociales. Il a consacré de nombreux travaux à des rituels religieux dans le monde arabe (Liban, Syrie, Algérie) et travaillé avec des musiciens et des danseurs autour de projets expérimentaux. Il collabore régulièrement avec des experts et des chercheurs, notamment du CNRS et de l’Institut de recherche pour le développement (IRD), pour développer des dispositifs d’enquête filmique. Il travaille également sur des questions liées à la société civile et à la démocratie. Ses documentaires s’intéressent aux façons dont les gens font usage du corps et de la parole pour habiter et fabriquer des mondes.
  • Sébastien Boulay est anthropologue, Maître de conférences à l’Université Paris Descartes, Faculté des sciences humaines et sociales de la Sorbonne, et membre de l’UMR 196 CEPED (Centre Population & Développement). Il mène des recherches depuis 1999 en Mauritanie, et 2011 au Sahara Occidental. Ses travaux actuels portent sur le rôle des productions artistiques (notamment satiriques et humoristiques, mais aussi élégiaques) et des nouveaux médias dans les luttes politiques à l’oeuvre dans la région.
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