5 cours des Humanités 93322 Aubervilliers
Séminaire « Productions et circulations des biens culturels : le cas des pays d’Afrique du Nord et Moyen-Orient », qui aura lieu le jeudi 16 avril entre 16h et 18h.
Nous recevrons Izza Abu Haija à propos de son travail sur la poésie des femmes palestiniennes (voir résumé ci-dessous).
Si vous souhaitez participer en présence aux échanges, nous vous donnons rendez-vous dans la salle 3.023 (4e étage) du bâtiment Sud du Campus Condorcet (5 cours des Humanités 93322 Aubervilliers) qui est situé à la sortie de la station Front Populaire (ligne 12 du métro francilien).
Pour celles et ceux qui seront à distance, vous pourrez vous connecter via le lien suivant : https://rendez-vous.renater.fr/lobb...
Nous avons ajouté ci-dessous le programme des prochaines séances en mai et juin.
Au plaisir d’échanger.
Bien à vous,
Asmaa Azizi, Abdelfettah Benchenna, Maria A. Doss (Labsic) et Dominique Marchetti (CESSP)
Izza Abu Haija – La poésie des femmes palestiniennes comme production culturelle au-delà des frontières
Cette présentation explore la poésie des femmes palestiniennes à travers des géographies fragmentées, incluant Israël, la Cisjordanie, Gaza et la diaspora, selon une perspective postcoloniale. Plutôt qu’une synthèse exhaustive, elle propose de traiter une série de questions : comment la poésie négocie-t-elle la mémoire, l’identité et la résistance sous les conditions de l’occupation, de l’exil et de la marginalisation de genre ? De quelle manière le choix de la langue reflète-t-il à la fois contrainte et créativité ? En suivant les fragments de production poétique et d’expérience dans différents espaces, la présentation invite à réfléchir aux enjeux éthiques et esthétiques des pratiques littéraires des femmes palestiniennes.
Izza Abu Haija est doctorante à la Freie Universität Berlin et boursière Einstein. Sa thèse, intitulée “Multilingual Authors : Women Writers in Palestinian Literary History in Israel (1948– )”, est co-encadrée par la professeure Beatrice Gruendler (Freie Universität Berlin) et le professeur Jonas Sibony (Sorbonne Université, Paris). Elle enseigne actuellement la langue arabe, la littérature palestinienne et le dialecte à l’École Normale Supérieure (ENS) à Paris. Ses recherches portent sur les études postcoloniales, le plurilinguisme et l’écriture des femmes palestiniennes. Elle a co-signé un article interdisciplinaire avec des chercheurs de l’Université de Lancaster en informatique : “The Nakba Lexicon : Building a Comprehensive Dataset”. Un de ses articles à paraître, “Rewriting Silence, Re-membering Palestine : Rhizomatic Memory across Three Generations in the Poetry of Palestinian Women in Israel”, explore la mémoire et la résistance dans la poésie des femmes palestiniennes. Parallèlement à ses travaux académiques, elle est engagée bénévolement auprès de la Global University Academy (GUA) afin de promouvoir l’accès à l’enseignement supérieur pour les réfugiés.
Programme des prochaines séances
Séance 8. Jeudi 21 mai 2026, salle 3.122 -
Ludovica Tua – « Devant la douleur des autres » : usages de l’IA et des réseaux sociaux numériques pour représenter la tragédie de Gaza
Rédigé au lendemain des attentats du 11 Septembre, l’ouvrage de Sontag intitulé « Devant la douleur des autres » (2003) invite à réfléchir à la manière dont la diffusion et la répétition des images d’atrocités via les médias risquent d’immuniser le regard et la sensibilité des personnes non concernées. En s’inspirant de ce cadre théorique, cette intervention souhaite revenir sur la diffusion virale d’une image générée par l’IA dans le contexte de la « guerre » à Gaza.
Dans un premier temps, l’objectif est d’analyser la dimension esthétique et techno-sémiotique de l’illustration, tout en y intégrant une réflexion portant sur les aspects problématiques ayant soulevé des polémiques au sein de l’opinion publique. Dans un deuxième temps, je montrerai à quel point la médiatisation de cette image générée par l’IA sur Instagram et TikTok, interroge la manière dont l’IA s’avère un outil communicationnel susceptible de servir des fins militants ou, au contraire, des logiques de narcissisme numérique typiques des plateformes.
Ludovica Tua, docteure en Sciences de l’information et de la communication. Après une thèse de doctorat portant sur les enjeux politiques des séries télévisées turques, je m’intéresse actuellement aux déclinaisons contemporaines de l’activisme numérique et, plus précisément, à la capitalisation de la douleur d’autrui via les réseaux sociaux numériques.
Séance 9. Jeudi 28 mai 2026, salle 3.023
Sixtine Deroure – Al-Ikhtiy ?r, fiction d’autorité et production du deuil public dans l’Égypte postrévolutionnaire
Produite par Synergy Production, une entreprise détenue par les Renseignements généraux, la série télévisée al-Ikhtiy ?r, diffusée durant les mois de Ramadan 2020, 2021 et 2022, a connu un immense succès en Égypte. À travers la mise en scène des exploits et des sacrifices des « martyrs du devoir » – soldats et policiers morts dans la « guerre contre le terrorisme » menée par l’État –, la série retrace certains des événements politiques les plus controversés survenus dans le pays depuis la révolution du 25 janvier 2011. Je propose dans cette intervention de décrypter ce genre que je qualifie de « fiction d’autorité » : la série reproduit un récit historique officiel, dont la véracité est authentifiée par une constellation d’acteurs, dans une perspective légitimante. Cette authentification repose sur plusieurs procédés : la médiatisation de la participation d’acteurs sécuritaires ayant pris part aux événements racontés à la production et à la réalisation, l’utilisation d’archives et de témoignages (réalisateurs, scénaristes, comédiens, familles de martyrs), ainsi que des techniques de réalisation spécifiques. Cet ensemble produit des « effets de réel », générant un flou entre fiction et réalité, et participant à ériger ce récit en vérité historique. À travers cette analyse, je propose une réflexion sur la production du deuil public comme outil de légitimation du régime postrévolutionnaire.
Sixtine Deroure est doctorante en sociologie politique à Paris 1 Panthéon-Sorbonne et ATER à l’Université d’Avignon. Elle est rattachée à l’UMR Développement et Sociétés, et associée au CEDEJ au Caire. Sa thèse, intitulée, « L’État et ses martyrs : deuil public, institutionnalisation du martyre et luttes politiques dans l’Égypte postre ?volutionnaire » porte sur différentes catégories de martyrs reconnues officiellement par l’État égyptien depuis 2011 : les « martyrs de la Révolution », mais aussi les « martyrs du devoir », policiers et militaires qui meurent dans la « guerre contre le terrorisme ». Elle étudie notamment les procédés d’institutionnalisation et de prise en charge de ces différentes catégories de martyrs et de leurs familles.
Séance 10. Jeudi 11 juin 2026, salle 3.023
Roland Carrée – CinéCasablanca, la ville blanche en 100 films
Dès les premiers films de l’époque coloniale, Casablanca se voit mythifiée par le 7e Art. Le lien se nourrit avec le temps de nombreuses autres réalisations étrangères, et la capitale économique marocaine devient alors l’une des villes les plus filmées au monde. Avec l’émergence du cinéma national, à partir de l’indépendance en 1956, s’instaure l’intention de saisir un certain esprit marocain à rebours des stéréotypes et de dresser des constats d’ordres politique, social, économique et culturel allant de pair avec la manière contrastée dont vit et fonctionne Casablanca qui devient, ainsi, un véritable personnage. La Ville Blanche sait aussi se déguiser pour représenter d’autres métropoles du monde. De fait, explicitement ou non, Casablanca nous est familière. Sur la base d’une sélection de cent films nationaux et internationaux, du début du XXe siècle à nos jours, ce travail s’attache à analyser la façon dont Casablanca y apparaît et en décrypte les intentions artistiques, le choix des lieux, le contexte historique, urbanistique et architectural comme les interprétations par rapport à la réalité. Il offre ainsi l’opportunité de (re)visiter la ville tout en parcourant l’histoire du cinéma.
Roland Carrée est docteur en Études cinématographiques de l’Université Rennes 2 et enseignant en cinéma à l’ESAV (École Supérieure des Arts Visuels), à Marrakech. Ses recherches et actions portent essentiellement sur le cinéma marocain, le cinéma au Maroc et le cinéma d’animation.