Séminaires de l’axe 1

« Docteur, opérez-moi ! ». Construction sociale d’une demande de césarienne à Cotonou, Bénin

13 décembre 2018
14h-16h30
« Docteur, opérez-moi ! ». Construction sociale d’une demande de césarienne à Cotonou, Bénin
Séminaires de l’axe 1
@ Université Paris Descartes (salle J536 bâtiment Jacob)

45 rue des Saints Pères
75006 Paris

Clémence Schantz fera une présentation intitulée « Docteur, opérez-moi ! ». Construction sociale d’une demande de césarienne à Cotonou, Bénin

Résumé

En 2008, le président du Bénin, Boni YAYI, visite l’hôpital de l’HOMEL à Cotonou, ainsi que l’hôpital de zone d’Abomey Calavi. Il constate que de nombreuses femmes y sont gardées, faute de pouvoir payer les frais liés à la césarienne qu’elles ont subies quelques semaines, mois, voire années plus tôt. Le président décide alors de d’établir une politique de gratuité de la césarienne. Un décret (N°2008-730) prend effet en décembre 2008, et porte institution de la gratuité de la césarienne au Bénin.
La mise en place de cette politique est en parfaite adéquation avec les Objectifs du Millénaire pour le Développement fixés par les Nations Unies en 2000, la finalité étant la diminution du taux de mortalité maternelle et néonatale. En effet, lorsqu’elle est médicalement justifiée, la césarienne est une intervention chirurgicale qui sauve des vies maternelles et fœtales. Au Bénin, son taux populationnel est bas et inférieur au taux de 10% recommandé par l’OMS. Dans les 5 années précédant la dernière Enquête Démographique et de Santé au Bénin (2011-2012), 5% des femmes ayant accouché ont subi une césarienne. Ce taux masque de fortes disparités, à la fois sociales et géographiques.
Cette communication est issue de ma recherche postdoctorale et propose d’analyser cette politique de gratuité de la césarienne au Bénin au prisme de la réalité quotidienne des femmes, de leurs familles et des soignants. Les résultats présentés seront issus d’un terrain de recherche de 3 mois à Cotonou en 2017. Les données ont été obtenues à partir d’observations participantes dans des hôpitaux privés et publics de la capitale, et de 23 entretiens semi-directifs menés auprès d’hommes (8) et de femmes (15), sages-femmes, médecins, usagers et décideurs politiques. Nous montrerons que cette politique de gratuité se heurte à une réalité de terrain bien moins idyllique. Nous rendrons compte de la mise de place de cette politique, mais surtout de sa mise en œuvre concrète sur le terrain. Nous montrerons ainsi que cette politique, présentée comme une politique de solution souhaitant rendre accessible à toutes les femmes une solution technologique miraculeuse, se heurte à des défis quotidiens.
Enfin, saisir la santé maternelle au Bénin au prisme de cette politique de santé et de la sociologie du genre permet de rendre visible les inégalités structurelles qui s’exercent dans les maternités, et plus spécifiquement les inégalités de genre. Ainsi, en partant de la mise en place d’une politique qui avait pour objectif initial d’améliorer la santé maternelle et donc les conditions des femmes, nous montrerons comment la biomédicalisation de l’accouchement et les technologies qui l’accompagnent, peuvent constituer des nouvelles formes de violence envers les femmes.

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