L’accès à la césarienne dans différents contextes de financement des soins de la santé maternelle en Afrique de l’Ouest

13 juin 2019
14h-17h
L’accès à la césarienne dans différents contextes de financement des soins de la santé maternelle en Afrique de l’Ouest
Séminaires de l’axe 1
@ Université Paris Descartes - salle J536

45 rue des Saints Pères
75006 Paris

Marion Ravit présentera son travail sur «  L’accès à la césarienne dans différents contextes de financement des soins de la santé maternelle en Afrique de l’Ouest  »

Résumé
En Afrique Sub-Saharienne, seules 3% des femmes accouchent par césarienne, ce qui est bien en-dessous du taux minimum de 5% recommandé pour couvrir tous les besoins obstétricaux. En plus d’être insuffisant, l’accès à la césarienne dans cette sous-région est inégal puisque ce sont les femmes les plus riches et celles qui vivent en milieu urbain qui en bénéficient le plus. Le Mali et le Bénin ont introduit une politique de gratuité ciblant les césariennes, respectivement en 2005 et 2009. Les femmes enceintes continuent à payer pour se faire soigner, mais, en cas de césarienne, leurs soins sont gratuits. En Mauritanie, avec le soutien de l’Agence Française de Développement (AFD), un forfait obstétrical a été mis en œuvre progressivement depuis 2002, permettant aux femmes d’accéder à tous les soins durant la grossesse et l’accouchement, y compris la césarienne, contre le paiement d’une prime d’environ 15 euros. Cette thèse cherche à savoir si ces différentes réformes permettent réellement d’améliorer l’accès des femmes enceintes aux soins obstétricaux en général et à la césarienne en particulier.
Les politiques étudiées ici ont été mises en place dans les années 2000 sans processus spécifique d’évaluation. Nous avons utilisé des données existantes (Enquêtes démographiques et de santé et enquêtes à indicateurs multiple), représentatives de la population au niveau national et des méthodes quasi-expérimentales pour évaluer l’impact de ces réformes sur les taux d’utilisation des services de santé maternelle et néonatale. Nous avons également évalué les effets de ces politiques sur les inégalités de santé en comparant l’utilisation de la césarienne comme mode d’accouchement entre différents groupes de femmes, selon leur zone de résidence (urbain/rural), leur niveau d’éducation et leur niveau de richesse.
Ce travail montre que l’utilisation des services de santé pour l’accouchement et la césarienne a été amélioré au Mali et au Bénin où la gratuité de la césarienne a été mise en place, comparativement à des pays sans ce type de réforme. En revanche, la gratuité de la césarienne n’a pas eu d’effet sur les inégalités de santé en ce qui concerne l’accès à la césarienne. Ensuite il est montré que le forfait obstétrical en Mauritanie a permis une amélioration de l’utilisation des services de santé pour les femmes enceintes, sans cependant avoir eu d’effet sur les taux globaux de césarienne. Néanmoins, des effets sur les inégalités de santé sont à noter.
Les résultats de cette thèse renforcent l’idée que les paiements directs des soins dans les formations sanitaires en Afrique sub-saharienne constituent une barrière importante qui limite l’accès des femmes enceintes aux services de santé en général et à la césarienne en particulier. En revanche, il est important que les gouvernements se tournent désormais vers des mécanismes promouvants l’universalisme proportionné pour assurer un accès équitable aux soins de santé. Il est primordial que ces réformes, mises en œuvre depuis plus de dix ans, soient évaluées et que les décideurs aient pleinement connaissance de leurs effets afin d’assurer aux femmes enceintes un accès optimal aux soins et ainsi réduire la mortalité maternelle.

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