Soutenance de thèse

Sofia MEISTER soutient sa thèse

23 janvier
14h30-17h30
Sofia MEISTER soutient sa thèse
Soutenance de thèse
@ Centre des colloques du campus Condorcet, en salle 100 (rez-de-chaussée), Place du Front populaire, 93322 Aubervilliers, et en visioconférence

MEISTER Sofia soutient sa thèse de sociologie, réalisée sous la direction d’Isabelle Coutant et RIDDE Valery à l’Iris (EHESS), intitulée : "Être « hors-champ ». Enquête filmée sur l’invisibilité sociale de la diaspora bangladaise en région parisienne."

Jury

  • Karen Akoka, Maîtresse de conférences, Université Paris Nanterre (examinatrice)
  • Isabelle Coutant, Directrice de recherche au CNRS (directrice de thèse)
  • Baptiste Godrie, Professeur des universités, Université de Sherbrooke (rapporteur)
  • Caroline Ibos, Professeur des universités, Université Paris 8 (rapportrice)
  • QUET Mathieu Directeur de recherche IRD (président)
  • RIDDE Valery Directeur de recherche IRD (co-directeur de thèse)
  • Camille Schmoll, Directrice d’études à l’EHESS (examinatrice)

Résumé

Cette thèse interroge, à partir d’une enquête participative filmée, les logiques sociales de l’invisibilisation de la diaspora bangladaise en région parisienne, appréhendées sous l’angle du processus de relégation. Elle s’appuie sur un dispositif méthodologique, le collectif Probashi, conçu comme un espace de mise en récit sensible des expériences minoritaires. En inscrivant la genèse de ce dispositif et des différentes étapes de l’expérimentation dans une réflexion critique sur le « privilège épistémique » associé aux expériences minoritaires et sur les formes de violence symbolique susceptibles d’être produites par la distance sociale dans la relation d’enquête, l’enquête filmée apparaît alors comme un outil permettant de déplacer les rapports de savoir et d’auctorialité, et de rendre sensibles des expériences ordinairement inaccessibles.

À partir de cet espace d’enquête, cette thèse analyse d’abord les parcours d’asile des participantes bangladaises, façonnés par les catégorisations morales opposant « réfugiées » et « migrantes économiques », et montre comment ces catégorisations contribuent à la production de « biographies fantomatiques ». Alors que les récits d’asile sont fréquemment rendus inaudibles ou illégitimes, ce travail vise à situer les migrations bangladaises en France dans des chaînes migratoires transnationales anciennes, héritées de l’histoire coloniale et postcoloniale européenne. Cette grammaire institutionnelle de l’immigration tend également à invisibiliser les aspirations sociales et le désir de mobilité qui traversent ces trajectoires. La thèse analyse ensuite les logiques de l’invisibilisation spatiale des ressortissantes bangladaises rencontrées, tant dans leurs espaces résidentiels que professionnels en région parisienne. Elle explore l’inaudibilité comme une modalité centrale de l’invisibilisation sociale, à travers la « condition allophone », les appropriations différenciées du français et la constitution d’un « marché linguistique » marchand face à l’épreuve de la langue. Ces processus de silenciation sont observés dans les consultations médicales, les récits de santé, ainsi que dans les films et les échanges produits au sein du dispositif.

Cette thèse propose à cet égard des pistes de réflexion sur l’organisation des recherches participatives à partir des limites et des inachèvements du dispositif Probashi. Les itinéraires biographiques filmés, vécus dans la tension entre un régime d’attente permanent et une mobilité quotidienne éprouvante, permettent de mettre en lumière les conditions de production d’une intelligibilité sociologique spécifique, parce que sensible.