
Examen des trajectoires de cinq anciens révolutionnaires syriens qui ont combattu la dictature de Bachar Al-Assad, en ont payé le prix à différents degrés et, qu’ils se trouvent aujourd’hui en Syrie ou non, considèrent la situation actuelle avec un mélange d’espoir et de crainte. Cet article est issu d’une enquête menée dans le cadre du projet LIVE-AR, financé par l’European Research Council, qui étudie l’impact biographique de l’engagement révolutionnaire en Syrie, en Égypte, en Tunisie et au Maroc.
En mars 2011, le peuple syrien se soulève contre le régime de Bachar Al-Assad, arrivé au pouvoir en 2000 après trente ans de règne de son père, Hafez Al-Assad. Dans le sillage des processus révolutionnaires arabes initiés en Tunisie, des millions de Syriens et Syriennes sortent dans les rues pour demander justice, dignité et liberté. Mais, comme dans les années 1980, le régime baassiste répond par la violence et ce qui a commencé comme une révolution pacifique prend la voie de la militarisation.
L’Armée syrienne libre est ainsi créée en août 2011 : aux côtés de déserteurs de l’armée régulière, des milliers de citoyens décident de prendre les armes pour protéger les manifestants. D’autres s’engagent dans les activités humanitaires, politiques ou de la société civile. À l’intérieur du pays, dans les régions libérées, ou en exil, ces révolutionnaires vivent des ruptures et des bifurcations biographiques. Quinze ans plus tard, leurs trajectoires demeurent marquées par leur engagement révolutionnaire forgé dans le sillage des « printemps arabes ».
Que sont-ils et elles devenus aujourd’hui, un an après la fuite en Russie de Bachar Al-Assad et la chute de son régime ? Comment se projettent-ils et elles dans la nouvelle Syrie ? Sont-ils et elles retournés dans leur pays ? Et, enfin, sont-ils et elles toujours engagés ? Pour donner un aperçu de leurs destinées variées, nous souhaitons retracer ici cinq trajectoires idéal-typiques représentatives de milliers de parcours militants.