Syrie

Comprendre la politisation pro-régime de Bachar al-Assad en France depuis 2011, avec la sociologue Christelle Mazloum

Comprendre la politisation pro-régime de Bachar al-Assad en France depuis 2011, avec la sociologue Christelle Mazloum

Le 8 décembre 2025, à l’Université Paris Cité, la sociologue MAZLOUM Christelle a soutenu une thèse de sociologie politique consacrée aux soutiens au régime syrien en France entre 2011 et 2018, sous la direction de LARZILLIÈRE Pénélope. Son travail éclaire les logiques de politisation, de mobilisation et de stigmatisation qui traversent l’espace public français autour du conflit syrien.

Inscrite au sein de l’axe de recherche Axe 2 Migrations, Pouvoir, Actions collectives du Ceped, cette thèse s’intéresse à celles et ceux qui, depuis la France, prennent position pour le maintien du régime syrien après 2011. L’enquête suit leurs prises de position dans différents espaces discussions privées, débats publics, arènes institutionnelles afin de comprendre comment ce clivage pro et anti-régime se recompose loin du terrain syrien. À l’origine de ce travail, il y a une continuité dans le parcours de recherche de MAZLOUM Christelle. En 2017, dans le cadre d’un master en sociologie politique, elle a mené une enquête de terrain au Liban consacrée à la sociologie de l’engagement d’un parti libanais le Parti national social syrien engagé symboliquement et militairement aux côtés du régime syrien de Bachar al-Assad.  

J’ai donc décidé de poursuivre dans cette voie, explique-t-elle, mais en déplaçant mon terrain en France et en prenant pour objet celles et ceux qui ont pris fait et cause à distance pour le maintien du régime depuis 2011.

 L’originalité de son travail tient à la mise en lumière d’un paradoxe : ces acteurs défendent une position hétérodoxe dans le contexte français, où le régime syrien est largement dénoncé, tout en occupant une place orthodoxe du point de vue du pouvoir en Syrie. La diversité de leurs profils et de leurs intérêts n’empêche pas un point commun majeur : le refus du projet de changement porté par l’opposition, sans pour autant revendiquer une adhésion de principe à l’autoritarisme du régime.

Intitulée L’hiver de notre désaccord. La politisation pro-régime syrien en France depuis 2011 dans tous ses états : conflictualisation, mobilisation et déviance., la thèse ne se contente pas d’observer des opinions. Elle suit également le passage à l’action collective de militants qui cherchent à structurer un camp pro-régime en France. Ces acteurs tentent de fédérer des soutiens dispersés et d’infléchir la politique étrangère française vis-à-vis de la Syrie.
Pour cela, la sociologue explore les coulisses de cette politisation dans des espaces aussi différents que les réunions publiques et les interactions du quotidien. Ces scènes révèlent comment la politisation se joue au niveau des relations interpersonnelles, avec des effets concrets sur les trajectoires sociales, les conflits et les frontières symboliques entre «  camps  » pro et anti-régime. Un autre apport majeur du travail réside dans l’analyse de la construction d’une «  étiquette déviante  » associée aux soutiens du régime syrien. Cette stigmatisation, selon MAZLOUM Christelle, structure profondément les pratiques militantes et les stratégies déployées pour regagner un crédit symbolique et la confiance du public. Elle propose ainsi une lecture fine du rapport entre confiance, méfiance et politisation, observé au fil des trajectoires individuelles et des logiques de discrédit.

Aujourd’hui, la chercheuse souhaite prolonger cette réflexion sur d’autres terrains.  

Sur le plan académique, je veux poursuivre mon travail sur la politisation pour analyser la dimension politique des discours complotistes et leurs usages sociaux et quotidiens, en relation avec d’autres conflits internationaux contemporains

 précise-t-elle.
Au-delà du cas syrien, sa recherche offre des clés pour mobiliser les outils de la sociologie de la protestation généralement appliqués à des causes progressistes afin de comprendre la politisation et la mobilisation en faveur de causes conservatrices. Elle interroge plus largement la manière dont les conflits internationaux se transposent dans l’espace public français par des formes multiples de politisation, visibles à la fois dans les mobilisations organisées et dans les interactions quotidiennes. Souvent invisibles, ces pratiques ordinaires d’engagement révèlent des activités discursives, symboliques et conflictuelles éloignées des sphères politiques institutionnelles une invitation à repenser les formes contemporaines du militantisme à distance.

LIADI Moubarakou, Ceped