Le Ceped fait son Cinéma

Kevine et Fortune : quand le football féminin africain devient matière à penser

Kevine et Fortune : quand le football féminin africain devient matière à penser

Le Ceped a projeté le 24 mars dernier, à l’Université Paris Cité, le documentaire « Kevine et Fortune », fruit d’une recherche ethnographique sur le football féminin au Cameroun. Un film-enquête qui transcende son sujet pour interroger la fabrique des individus et la construction de soi.

Dans le cadre de son initiative « Le Ceped fait son cinéma », le laboratoire a proposé une immersion singulière dans le quotidien de Kevine et Fortune, deux amies évoluant dans une équipe de première division à Yaoundé. À travers leur rêve commun d’intégrer un club étranger, le film donne à voir bien plus qu’un parcours sportif. Il dévoile des trajectoires de vie marquées par la détermination, les contraintes sociales et les aspirations individuelles.

La projection a été suivie d’un échange animé par la sociologue Dominique Malatesta, à l’origine de la recherche dont est issu le film, et discuté par EBOKO Fred. Ce moment a permis de mettre en perspective les choix narratifs et méthodologiques à l’œuvre dans ce projet hybride, à la fois scientifique et cinématographique.

Le documentaire s’inscrit dans la continuité du projet de recherche Kick it like a girl !, financé par le Fonds national suisse, et explore la place des jeunes femmes dans le football en Afrique. Par une approche ethnographique, il met en évidence les stratégies d’affirmation de soi dans des espaces publics encore largement masculins.

Au cœur des discussions, la question de la méthode a occupé une place centrale. Loin d’une posture d’observation distante, la démarche adoptée relève d’une sociologie de l’intervention, où les enquêtées deviennent également actrices du processus de recherche.

« Le film est extrêmement riche sur des trajectoires individuelles, sur la trajectoire d’un pays, sur la place des relations de genre, sur les relations interpersonnelles, sur une forte amitié. De ce point de vue, c’est un film sociologique parce qu’il retrace aussi des choses qui vont au-delà de la relation de genre. La méthode utilisée, c’est l’intervention sociologique, c’est-à-dire tu travailles avec moi, tu n’es pas seulement mon interlocuteur, mais tu es aussi acteur de ce qui est en train de se passer, de telle sorte qu’on puisse redéfinir ce qu’est un sujet. » souligne EBOKO Fred

De son côté, Dominique Malatesta revient sur les enjeux de la collaboration entre recherche et création cinématographique :

« Dès lors qu’on décide de travailler avec une cinéaste, en l’occurrence avec une équipe de tournage, ça devient le film d’une réalisatrice sur des données qui ont été partagées, surtout quand elles viennent d’ethnologues. Si le film a pu avoir lieu de cette façon, c’est parce qu’il y a eu tout un travail de recherche précédemment. […] Ce dont je suis particulièrement ravie, c’est la présence et la réflexibilité des joueuses dans le film. »

À travers Kevine et Fortune, le Ceped confirme l’intérêt de croiser les formats et les disciplines pour renouveler les formes de médiation scientifique. Entre récit filmique et analyse sociologique, ce type d’initiative ouvre des espaces de dialogue où la recherche se donne à voir, à entendre et à ressentir.