Sciences, technologies et sociétés (STS)

Lancement du réseau de recherche PharmaGHaSTS

Lancement du réseau de recherche PharmaGHaSTS

Les 12 et 13 mars 2026, Université Paris Cité a accueilli le lancement du réseau de recherche PharmaGHaSTS. À la croisée de la santé mondiale et des études en sciences, technologies et société (STS), cette initiative entend interroger les modèles dominants de l’industrie pharmaceutique et ouvrir la voie à des alternatives plus équitables.

Pendant deux journées, chercheurs et chercheuses en sciences sociales et spécialistes de la santé se sont réunis pour poser les bases d’un réseau international dédié à l’analyse critique des produits pharmaceutiques. Coordonné par KAMEDA DE FIGUEIREDO CARVALHO Koichi, sociologue et chargé de recherche à l’IRD et Anne Pollock, Professeur au Département de Santé Mondiale et Médecine Socialedu King’s College de Londre (KCL), avec la collaboration de Lauren Paremoer, Professeur associée au Département d’Humanité de l’Université du Cap, le réseau PharmaGHaSTS s’inscrit dans une dynamique de renouvellement des approches en santé globale. Le réseau a été sélectionné pour être financé dans le cadre de l’appel à projets de recherche conjoints Université Paris Cité et King’s College Londonde l’Initiative d’Excellence (IdEx).

La première journée, ouverte au public, a réuni une trentaine de participants autour d’une session introductive suivie d’un dialogue entre deux initiatives illustrant des modèles alternatifs. Patricia Neves chercheuse à Bio-Manguinhos/Fondation Oswaldo Cruz, a présenté le modèle de production publique de vaccins au Brésil, tandis que Gaëlle Krikorian coordinatrice de l’initiative Communs pharmaceutiques, a exposé un projet de production de médicaments comme biens communs en cours de développement à Lyon en France. Animée par Anne Pollock, cette discussion a permis de montrer concrètement les possibilités et les défis existants pour les modèles de production alternatifs dans le Nord et le Sud.

La seconde journée, organisée sous forme d’atelier, conçu par Lauren Paremoer, a rassemblé 23 participants autour de questions structurantes : modalités de collaboration, financement, interdisciplinarité et ancrage international du réseau. L’objectif est clair : créer un espace pérenne d’échange et de production scientifique capable de nourrir les débats publics et les politiques de santé.

Au cœur des discussions, un constat partagé : la pandémie de Covid-19 a révélé les fragilités du système pharmaceutique mondial, notamment la concentration de la production et les inégalités d’accès. Dans ce contexte, l’émergence d’initiatives locales et de modèles alternatifs, tant au Nord qu’au Sud, apparaît comme une réponse nécessaire mais encore insuffisamment étudiée.

Un réseau pour penser “autrement” le médicament et d’autres produits de santé

« Nous voulons analyser de manière critique les dysfonctionnements du système pharmaceutique actuel, notamment son incapacité à répondre aux besoins de la majorité de la population mondiale », souligne Koichi Kameda, coordinateur du Réseau.

« Il s’agit aussi d’explorer et de promouvoir des modèles alternatifs de recherche, développement et production pharmaceutique favorisant l’équité en santé et la justice sociale », ajoute Anne Pollock.

En articulant les apports des sciences sociales, et dans une approche critique et interdisciplinaire, PharmaGHaSTS entend dépasser une approche strictement technico-économique du médicament. Le réseau ambitionne ainsi de documenter les initiatives émergentes, d’identifier leurs limites, qu’elles soient réglementaires, économiques ou politiques et de contribuer à leur développement.

Les échanges ont également mis en évidence le rôle central des pays du Sud dans l’innovation pharmaceutique alternative. Historiquement confrontés aux limites du modèle dominant, ces contextes constituent aujourd’hui des laboratoires d’expérimentation pour des approches plus inclusives et adaptées aux besoins de santé publique. Au terme de cette première rencontre, la nécessité de structurer ce champ de recherche a été unanimement réaffirmée. Parmi les priorités identifiées : renforcer l’interdisciplinarité, développer des collaborations internationales et créer des espaces de diffusion des travaux.

Les prochaines étapes sont déjà engagées, avec l’organisation d’une conférence internationale à Nairobi en juin 2026, puis une participation à un panel de la conférence de la Society for the Social Studies of Science à Toronto en octobre. Autant d’occasions pour ce jeune réseau de consolider ses ambitions et de faire entendre une voix critique dans le débat global sur l’avenir du médicament.